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Diplomatie/la zone de libre échange continentale : Un projet chimérique ?

Dans quelques jours, précisément le 07 juillet 2019, plusieurs Etats africains iront à Niamey, au Niger, pour lancer l’effectivité de la Zone de libre échange continentale (ZLEC). Un projet qui vise, selon l’Union africaine, à promouvoir les échanges commerciaux entre les pays africains par plus d’ouverture des barrières douanières nationales et régionales (facilitations douanières et fiscales).

Les dirigeants africains ont-ils vraiment trouvé la clé pour sortir l’Afrique de son sous-développement économique et social ? Question difficile à répondre.

Contexte de création de la ZLEC

C’est en janvier 2012, lors de la 18è session ordinaire de la conférence de l’Union africaine, que les chefs d’Etat et de gouvernement africains avaient retenu et fixé l’objectif de créer cette zone de libre-échange à l’horizon 2017. Selon la commission économique de l’UA et les rapports des commissions régionales (Uemoa, Cémac, SADC), les pays africains ne bénéficient pas eux-mêmes du potentiel économique et commercial de leur continent. Ils préfèrent vendre à l’Europe, à l’Asie et à l’Amérique alors qu’il existe un marché certain sur le continent. Pour la commission économique de l’Onu pour l’Afrique, « l’accord a le potentiel d’accroître le commerce intra-africain de 53 % et permettra l’élimination progressive des droits de douane entre pays membres, favorisant ainsi le commerce au sein du continent et permettant aux pays africains de s’émanciper d’un système économique trop centré sur l’exploitation des matières premières ».
C’est ainsi que le processus de négociation est lancé en juin 2015 à Johannesburg lors de la 25è session ordinaire de la conférence de l’Union africaine. Lors de cette session, les objectifs, les principes, la feuille de route pour créer la ZLEC sont fixés. En février 2016, le premier forum de négociation de la zone de libre-échange continentale a lieu à Addis-Abeba, en Éthiopie. Le même mois, une réunion se tient à Abidjan pour préparer ce forum regroupant, en plus des communautés régionales listées ci-dessus, des membres des Nations-Unies, de l’Union africaine, de la Banque africaine de développement et des membres de la société civile. En mai 2016, le deuxième forum de négociation de la zone de libre-échange continentale se tient à Addis-Abeba. Il vise à définir les contours de la ZLEC, le tout en collaboration avec les Nations-Unies et l’Union africaine.
En octobre 2016, le troisième forum de négociation de la zone de libre-échange continentale a lieu à Addis-Abeba. Le 21 mars 2018, 44 pays signent l’accord d’adhésion à la ZLEC lors d’un sommet à Kigali. Quelques autres pays, qui ont des réserves, ne rejoignent pas le projet, tels que le Nigeria, le Burundi, l’Érythrée, la Namibie et la Sierra Leone. Fin décembre, il ne restait que la ratification de 7 États sur les 22 nécessaires pour sa mise en place.
Le 29 avril 2019, le seuil des 22 États est atteint avec la ratification par la Sierra Leone et le retour du géant économique africain, le Nigeria, dans ce projet. La ZLEC vise, à terme, à unifier les 55 Etats africains dans son écosystème commercial intrafricain.

Quels intérêts immédiats pour le Gabon ?

Le constat d’une faible intégration économique et commerciale entre les pays africains est réel. Mais la ZLEC comme solution ne résout que partiellement le problème. Le planteur de café de la Ngounié peut-il aller vendre sur la base de l’accord de la ZLEC à Abidjan ses 10 sacs ? L’huile de palme d’Awala (site d’Olam) peut-elle aller concurrencer celle de l’Afrique du Sud là-bas ? Que gagnera l’économie gabonaise au change ? L’ouverture complète des frontières commerciales du Gabon avec le Cameroun, le Nigeria ou le Sénégal ? Ces questions récurrentes se posent chaque fois que les enjeux frontaliers et économiques se posent. Sur le plan théorique, les Africains et, partant, les Gabonais ne peuvent pas refuser un projet rassembleur, intégrateur de tous. Mais la question est celle des études d’impact économique. Pour le cas du Gabon, qui a signé, mais pas encore ratifié cet accord au Parlement, l’Etat devrait renoncer encore à des dizaines de milliards de recettes douanières lorsque des camions de manioc, de bois, de ciment, de volaille, de poisson, de matériaux de construction et autres viendront au port et aux frontières terrestres au titre de l’accord de la ZLEC.

 

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