Libreville, 3 mars 2026 — Le président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR), Ebang Ondo Jean Elvis, a été auditionné par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), dans le cadre des travaux de la Commission ad hoc sur les crimes de sang. Une séance marquée par un exposé approfondi sur la recrudescence des crimes rituels au Gabon et les pistes envisagées pour y faire face.
Face aux membres de la commission, en présence du président de l’institution, Guy Bertrand Mapangou, et du procureur général près la Cour d’appel, le Dr Eddy Minang — auteur d’un ouvrage de référence sur la question —, le Sénateur de la Transition a apporté un éclairage nourri par plus de vingt années d’engagement dans la lutte contre ce fléau.
Dès l’entame de son intervention, Ebang Ondo Jean Elvis a rappelé les motivations personnelles qui l’ont conduit à créer l’ALCR. En 2005, il a été directement frappé par un drame familial : son fils de 12 ans a été enlevé, assassiné et mutilé, avant que son corps ne soit abandonné sur une plage de Libreville. « Depuis lors, je me suis engagé dans un combat pacifique contre ce fléau social, faisant de la sensibilisation et de la communication mes principales armes », a-t-il confié avec émotion.
S’appuyant sur son expérience et sur des références académiques, l’ancien inspecteur de l’Éducation nationale a proposé une définition des crimes rituels, évoquant notamment celle issue d’un colloque international de l’UNESCO en 2005. Il a toutefois insisté sur la nécessité de clarifier les concepts, estimant que la confusion entre « crimes rituels » et « crimes de sang » contribue à entretenir l’impunité et à freiner une compréhension rigoureuse du phénomène. « La vie humaine est sacrée et ne saurait être banalisée », a-t-il martelé.
L’audition a également permis de retracer l’historique du phénomène au Gabon, dont les premières mentions remonteraient à 1939. Depuis, plusieurs chercheurs et auteurs ont documenté cette réalité, qui dépasse aujourd’hui les frontières nationales pour toucher plusieurs pays d’Afrique centrale et orientale.
Concernant l’ampleur du phénomène, Ebang Ondo Jean Elvis a reconnu la difficulté d’en établir une évaluation précise, en raison de son caractère clandestin et du climat de peur qui entoure les enquêtes. Il a néanmoins alerté sur une recrudescence inquiétante ces derniers mois, marquée par une multiplication des enlèvements, disparitions et meurtres, notamment en période électorale.
Abordant la question sensible du rétablissement de la peine de mort, abolie au Gabon en 2010, le président de l’ALCR a livré une réflexion nuancée. En tant que parent et victime, il s’interroge sur l’efficacité d’une telle mesure pour éradiquer le phénomène. En tant que croyant, il rappelle le caractère sacré de la vie humaine, tel que défendu par les religions. Enfin, en tant que défenseur des droits humains, il estime que la peine capitale constitue une atteinte au droit fondamental à la vie, garanti par la Constitution et les engagements internationaux du Gabon.
En conclusion, Ebang Ondo Jean Elvis a proposé plusieurs pistes pour renforcer la lutte contre les crimes rituels, notamment en matière de prévention, de justice et de sensibilisation. Il a également plaidé pour la mise en place d’une Commission « Vérité, justice et réconciliation », qu’il considère comme une étape essentielle pour restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, et répondre aux attentes d’une population en quête de paix et de justice.
Cette audition s’inscrit dans une dynamique plus large de réflexion engagée par les pouvoirs publics et les acteurs de la société civile pour endiguer un phénomène qui continue de susciter inquiétude et indignation au sein de l’opinion.




