Au Gabon, le deuil d’un parent est souvent suivi d’une seconde tragédie : l’« arrachement ». Alors que les larmes n’ont pas encore séché, une lutte s’engage pour l’enfant. La famille paternelle revendique son « sang », la famille maternelle défend son « fruit ». Le mineur devient ainsi l’objet d’un conflit de lignages où l’intérêt de l’enfant se heurte aux coutumes et aux appétits successoraux.
Edmiaune ZOUGA MVOMO, docteur en droit et enseignant à l’École nationale de la magistrature, analyse ce déchirement familial.
Les raisons des conflits.
Très souvent, on assiste à de véritables batailles entre les familles autour de la garde des orphelins. Ces conflits naissent généralement après le décès d’un parent, voire des deux, lorsque plusieurs membres de la famille estiment être les mieux placés pour accueillir l’enfant.
Comme l’explique Edmiaune ZOUGA MVOMO, Docteur en droit, bien que la loi soit claire en attribuant la garde au parent survivant ou en organisant la tutelle, « la réalité sociale est tout autre ». Les proches du défunt, animés par un fort attachement affectif ou par le souci de préserver les liens familiaux, peuvent refuser de se séparer de l’enfant. Comme elle le souligne « Les grands-parents n’aimeraient pas se séparer de l’enfant ». L’enfant devient parfois « un lien vivant avec le parent décédé, une manière de combler le vide laissé ».
À cela s’ajoutent des considérations coutumières, sociales et parfois économiques, qui alimentent les tensions. Il n’est donc pas rare que « la garde de l’enfant devienne un véritable enjeu familial, opposant le droit moderne aux traditions, et plaçant le parent survivant face à un choix difficile entre faire valoir ses droits ou préserver l’harmonie familiale ».
Concernant la situation matrimoniale des parents, Edmiaune ZOUGA MVOMO précise, « lorsqu’il n’y a pas eu de mariage officiel, la famille du défunt peut refuser que l’autre parent récupère l’enfant, estimant qu’il n’a pas de légitimité ».
Elle ajoute également sur les considérations matérielles et éducatives « certaines familles pensent être mieux placées pour assurer l’éducation de l’enfant, notamment si elles disposent de plus de moyens ou d’un environnement jugé plus stable ».
Malgré tout, elle rappelle que « une fois que vous avez la garde légale, aucune valeur coutumière ne pourra s’opposer ».
Une garde légalement attribuée au parent survivant
Selon Edmiaune ZOUGA MVOMO, « la garde de l’enfant est déjà réglementée par le code civil et par la loi sur l’égalité des individus ». Elle précise que « dans ce contexte-là, en cas de décès de l’un des parents, la garde revient systématiquement aux parents survivants ».
Cette règle repose sur un droit « qui se veut d’être juste et objectif ». Ainsi, « la garde reviendra à l’un des parents survivants, la garde légale », permettant à ce dernier « d’aller chercher son enfant » en toute légitimité.
La tutelle en cas de disparition des deux parents.
Lorsque les deux parents décèdent, « il va falloir laisser l’enfant sous tutelle ». Edmiaune ZOUGA MVOMO explique qu’« il doit y avoir un conseil de famille où l’on va demander à l’un des parents de garder l’enfant ».
Bien que cette procédure soit encadrée juridiquement, elle souligne une réalité sociale, « ça se passe aussi naturellement dans nos sociétés », car « les gens iront difficilement dans les juridictions », privilégiant souvent des arrangements familiaux.
L’âge de l’enfant et l’intérêt supérieur comme repères essentiels
L’intervenante rappelle que « avant l’âge de 5 ans, l’enfant doit être avec sa maman », tandis que « une fois les 5 ans révolus, selon l’article 418, l’enfant doit être dans les mains de son père ».
Cependant, elle insiste sur un principe fondamental. « Si l’on se focalise sur la recherche exclusive de l’intérêt supérieur de l’enfant, il faut qu’il y ait des conditions pour se développer ». Elle ajoute que « ce ne sont pas tant les moyens que l’on recherche, mais l’épanouissement psychologique et physique de l’enfant », même si, dans la pratique, « la garde va revenir aux parents qui aient les moyens ».
Au Gabon, entre droit moderne et traditions séculaires, la garde des orphelins révèle que la loi seule ne suffit pas toujours à trancher. Les familles, animées par l’amour, le devoir ou parfois les intérêts matériels, continuent de peser sur le destin de l’enfant. Mais au cœur de ces tensions, un principe demeure incontournable : l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer, guidant les choix au-delà des conflits et des coutumes.



