Pour avoir tenu des propos controversés sur Ousmane Sonko, appelant à son enlèvement par les terroristes, la journaliste sénégalaise Aïssatou Diop Fall, a été convoqué par la Division spéciale de cybersécurité (DSC). Cette convocation intervient dans un contexte politique particulièrement tendu au Sénégal, quelques jours seulement après le limogeage retentissant de la Primature par le président .
Cette affaire, qui trouve son origine dans des déclarations controversées de la journaliste à l’encontre du leader du parti Pastef, dépasse désormais le simple cadre judiciaire. Elle s’inscrit dans un climat de polarisation croissante, alimenté par les rivalités qui ont progressivement émergé au sommet de l’État entre les deux figures de l’alternance de 2024.
Selon plusieurs sources judiciaires, la patronne de la chaîne Public SN devra répondre devant les enquêteurs des propos dans lesquels elle avait déclaré souhaiter qu’Ousmane Sonko soit « enlevé par des terroristes ». Une sortie qui avait provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et au sein des militants de Pastef, très attachés à celui qui demeure l’une des personnalités politiques les plus influentes du pays.
Face à la controverse, Aïssatou Diop Fall avait rapidement présenté ses excuses publiques dans une vidéo diffusée sur internet. Toutefois, le procureur de la République près le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar a décidé de se saisir de l’affaire et d’ordonner son audition par les services spécialisés de la police.
Cette procédure judiciaire intervient alors que la scène politique sénégalaise est encore secouée par la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Longtemps présentés comme les deux visages complémentaires du projet porté par PASTEF, les deux hommes ont vu leurs relations se dégrader au fil des mois en raison de divergences stratégiques et de luttes d’influence au sein de l’appareil d’État.
Le limogeage de Sonko du poste de Premier ministre a marqué un tournant majeur dans la vie politique sénégalaise. Dans une déclaration récente, l’ancien chef du gouvernement a lui-même évoqué deux années « extrêmement pénibles » passées à la Primature, laissant entrevoir l’ampleur des tensions qui l’opposaient désormais au chef de l’État.
Dans ce contexte, toute affaire touchant à la personne d’Ousmane Sonko prend une dimension politique particulière. Pour ses partisans, la convocation d’Aïssatou Diop Fall constitue une réponse légitime à des propos jugés dangereux et susceptibles d’alimenter la haine politique. D’autres observateurs y voient surtout le reflet d’un climat de crispation où la moindre déclaration concernant l’ancien Premier ministre devient un sujet national.
Malgré son départ du gouvernement, Ousmane Sonko conserve une influence considérable sur une partie de l’opinion publique et sur les structures militantes de PASTEF. Son éviction n’a pas affaibli la mobilisation de ses soutiens, qui continuent de considérer l’ancien Premier ministre comme l’architecte principal de la victoire électorale de 2024.
La vive réaction suscitée par les propos d’Aïssatou Diop Fall illustre cette réalité politique. En quelques heures, les réseaux sociaux se sont transformés en champ de bataille entre défenseurs et détracteurs de Sonko, révélant les profondes fractures qui traversent désormais le paysage politique sénégalais.
Au-delà du cas de la journaliste, cette affaire met en lumière les défis auxquels est confronté le Sénégal dans cette nouvelle phase politique : préserver la liberté d’expression tout en sanctionnant les discours jugés excessifs, dans un contexte où les rivalités entre anciens alliés continuent d’alimenter les tensions au sommet de l’État.
L’audition d’Aïssatou Diop Fall est ainsi observée comme un test pour les institutions sénégalaises, mais également comme un nouvel épisode de la séquence politique ouverte par la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, dont les répercussions continuent de structurer l’actualité nationale.



