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Disparition de Grégory Ngbwa Mintsa/Huit ans déjà : Trois questions à Mme Blanche Abeghe Simony

A l’occasion du 8ème anniversaire de la disparition du Prix Intégrité de Transparency International France, Grégory Ngbwa Mintsa, qui aura lieu comme chaque année, le 10 avril prochain au siège de Brainforest, sis au quartier Ambowé, le membre du bureau exécutif du Forum des Indignés du Gabon (FIG) et présidente du comité d’organisation de la Journée patriotique en hommage à Grégory Ngbwa Mintsa, a accepté de répondre à nos questions. Dans cet entretien, elle nous parle de l’importance de cet événement et de ce combattant de la liberté du Gabon qui nous quitté les armes à la main, le 10 avril 2014, à l’âge de 57 ans.

Mingoexpress : Vous êtes l’un des éminents membres du Forum des Indignés du Gabon et présidente du comité d’organisation de la Journée patriotique en hommage à Grégory Ngbwa Mintsa. Quelle est pour vous, l’importance de l’organisation d’une telle Journée ?

Blanche Abeghe Simony : Commémorer la mémoire et l’œuvre, ainsi que les idées d’un homme qui a marqué son époque et l’histoire de notre pays par ses prises de position contre la mauvaise gouvernance, la corruption et les violations des droits humains est un devoir pour nous ses amis et sa famille biologique. Qu’on le veuille ou pas, Grégory nous a tous marqués par son intelligence, sa culture, sa générosité et son amour du Gabon. C’est d’ailleurs en partie, à cause de cet amour qu’il est parti à 57 ans de façon que nous connaissons tous, emporté par un mal qu’on aurait pu circonscrire, si les dirigeants de notre pays n’avaient pas usé de méthodes criminelles pour empêcher que Grégory puisse bénéficier de soins appropriés. Mais il est parti dans la dignité. Debout ! Et cela a son importance pour les générations futures.

Grégory Ngbwa Mintsa était un combattant de la liberté du Gabon, connu à l’international. Huit ans après sa disparition, pensez-vous que cette liberté est acquise ?

A propos de sa renommée internationale, nous rappellerons que Grégory a reçu le Prix intégrité de Transparency International France en 2010. Une récompense plus que méritée et qui représente un modèle d’intégrité et d’engagement citoyen. Grégory a obtenu ce prix en dénonçant les détournements de fonds publics et en s’associant à la plainte déposée par les associations Sherpa et Transparency International France dans le cadre de l’affaire dite des Biens mal acquis. Il fallait être plus que courageux pour oser s’attaquer au tout puissant Omar Bongo. Et il l’a fait.
Gregory a été de tous les combats pour la liberté du Gabon. D’abord comme militant d’un parti politique et ensuite membre de la société civile. Cet engagement lui a valu la prison, la suspension, et même la suppression de ses droits les plus élémentaires. Bref, le régime en place lui a fait subir toutes les misères du monde mais il ne s’est pas démonté. Il n’a jamais renoncé à faire entendre sa voix malgré l’adversité. Un tel engagement est rarissime dans notre pays.
Vous savez comme moi, que la lutte pour la liberté ne se gagne pas en une bataille. C’est un combat de longue haleine, surtout dans un pays comme le nôtre qui est enraciné dans la dictature depuis plus d’un demi-siècle. La liberté elle-même est la jouissance de plusieurs droits fondamentaux, c’est pour cela qu’elle n’est jamais acquise d’un coup mais s’obtient au prix d’un engagement citoyen patriotique. En cela, Gregory a tracé une voie : celle de lutter pour la liberté sous toutes ses formes, et contre toutes formes d’oppression. C’est un combat qui n’a ni début ni fin, et qui fait des héros ou des martyrs. De par son engagement, Gregory est à la fois un héros et un martyr de la liberté. Au prix de sa vie, il a lutté contre l’injustice et l’impunité.
De manière générale, ce que nous retenons du combat de Gregory, c’est que l’homme doit toujours se battre pour sa liberté. En tant qu’être humain, cette quête est l’essence même de notre existence.

Qui peut être présent à cette rencontre et quel est votre message aux gabonais en général et à la société civile en particulier ?

Notre message, est clair : les gabonais doivent prendre conscience que l’absence d’engagement est une menace pour nos droits et que ce qu’on obtient par la lutte ne peut nous être acquis. C’est à notre avis le message et le sens de l’engagement et du combat de Gregory et tous les autres martyrs de la liberté dans le monde.
La société civile est l’un des mécanismes les plus efficaces dont dispose les citoyens pour mieux se faire entendre et défendre leurs libertés individuelles et collectives. C’est pour cela que le combat pour la liberté ne doit laisser personne indifférent car, comme on le voit avec certaines affaires en cours dans notre pays, aucun citoyen, aussi puissant soit-il ou occupant telle ou telle haute fonction, n’est à l’abri d’une violation ou d’une privation de sa liberté. C’est pour cela que nous devons tous œuvrer à la préserver car l’arbitraire et la barbarie n’ont pour frontière que notre capacité à combattre et à défendre notre liberté.
Tous les gabonais épris de justice et de paix sont invités à rendre hommage à tous les martyrs de la liberté. La Journée est dédiée à Grégory mais nous évoquerons la mémoire de tous ceux qui sont tombés à cause de la dictature en place, à l’instar de Me Fabien Méré, Martine Oulabou, Mboulou Beka, Louis Patrick Mombo, Hervé Kinga Mombo, etc.

C.O.

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