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Emprisonnement politique de l’Ivoirien Yao Shifowa : Que fait l’ambassade de Côte d’Ivoire ?

Août 2016, août 2019, il y a de cela trois (3) ans que le jeune informaticien ivoirien Yao Shifowa est incarcéré pénitencier central de Libreville, le tristement célèbre « Sans-famille », un nom assez évocateur. Il avait été chopé au QG de Jean Ping où sa mission était de compiler de manière informatique les résultats issus des bureaux de vote via les procès-verbaux qui lui étaient communiqués.

Arrêté en septembre 2016 et accusé de «fabrication de faux procès-verbaux, mise en place de collecte des données et falsification des résultats» pour le camp de Jean Ping à la présidentielle d’août 2016, Yéo Sihifowa Namogoh, l’informaticien ivoirien croupit toujours en prison sans jugement. La famille a lancé, le 13 février, un appel aux autorités ivoiriennes et gabonaises pour accélérer son jugement. Malheureusement, les autorités aussi bien gabonaises qu’ivoiriennes, y compris l’ambassadeur accrédité au Gabon, font le mort. Un acte de cynisme incompréhensible pour un gamin qui n’avait pas à l’époque, mesuré la gravité de son acte et qui paie le lourd prix de la haine politique au Gabon.

A la suite de sa capture, au soir du 31 août 2016, il sera présenté par le régime comme trophée de guerre, un « lamentable mercenaire » ivoirien, un hacker à la solde de Jean Ping dont la mission était de fausser de manière informatique les résultats de l’élection présidentielle. Un argument qui a fait rire plus d’un. Au Gabon, le dépouillement et la compilation des résultats étant manuels et les procès-verbaux des bureaux de vote étant transmis sur support papier et non de manière informatisée, de quelle manière le fameux hacker ivoirien trouvé au QG de Ping procédait-il pour manipuler les résultats dont il n’avait accès que grâce aux copies des PV qui lui étaient transmis ?

Cependant, depuis son arrestation et son incarcération à Libreville, les autorités ivoiriennes, qui avaient joué au Ponce Pilate dès le début de cette affaire sans même réclamer une enquête judiciaire, continuent à faire le mort sur la détresse de leur propre compatriote. Une aubaine pour la justice gabonaise. Une justice aux ordres qui n’entend pas bouger le petit doigt, aussi longtemps que l’ordre ne lui viendra pas de l’illustre battu de 2016 qui ne s’est accroché au pouvoir que par la légitimité des armes dont il sait faire usage.

Trois ans après, les autorités ivoiriennes, auraient tout de même gagné à mettre la pression sur le régime autocratique de Libreville afin que leur compatriote soit jugé ou relaxé. C’est vrai que Ouattara est un ami fidèle d’Ali Bongo. Tous les deux ne sont-ils pas des sous-préfets placés au pouvoir par Paris ? D’ailleurs, Ouattara fut parmi les premiers chefs d’Etats africains à faire le déplacement de Libreville pour venir rendre visite à l’illustre convalescent du bord de mer. Les Ivoiriens doivent-ils comprendre que l’amitié de leur président avec le dictateur émergent gabonais est au-dessus du sort de l’un de leurs propres fils ? Aucun chef de l’Etat digne de ce nom ne peut accepter de voir que son ressortissant soit gardé en otage par un pays qui se dit pourtant ami. Trois ans sans jugement, pour un innocent, n’est-ce pas trop ?

Le Gabon compte une forte communauté de la diaspora ivoirienne. Cette dernière devrait, elle aussi, se mobiliser en faisant des démarches aussi bien auprès de leur ambassade qu’auprès des autorités gabonaises afin de prendre l’ensemble des informations sur le cas Yao Sihifowa, mais aussi pour exiger des autorités gabonaises l’ouverture d’un procès afin que ce jeune homme, dont le seul péché aura été de se mettre au service de Jean Ping sans violer les lois gabonaises, soit enfin fixé sur son sort. Compiler les résultats d’une élection présidentielle à partir de simples PV issus des bureaux de vote n’est pas un délit au Gabon. Encore moins en Côte-d’Ivoire.

Odette Melighe

 

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