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Ouverture du simulacre de procès de Kelly Ondo Obiang et compagnie : « J’ai pris mes responsabilités avec 3 frères d’armes »

Ouvert le vendredi 18 juin 2021, le procès du jeune lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses coaccusés s’est poursuivie le lundi 21 juin dernier, devant la Cour spéciale militaire statuant en matière criminelle, pour « atteinte à la sûreté de l’État, destruction de biens publics et séquestrations ». L’audience de vendredi dernier a été plombée par les subtilités de procédure entre les avocats de la défense, le parquet, l’avocat de l’Etat et la Cour. Lundi dernier, la sortie des avocats de la défense de la salle d’audience a donné un coup de frein au procès.

Arrêtés après l’échec de leur tentative de coup d’Etat le 07 janvier 2019, puis placés sous mandat de dépôt le 7 février 2020, le lieutenant Kelly Ondo Obiang et ses huit (8) coaccusés ; l’adjudant Dimitri Wilfried Nze Minko, l’adjudant Estimé Bidima Manongo, le sergent-chef Alain Abdel Ango, l’adjudant Paul Sadibi Ibinga, le maréchal de logis-chef major Armelle Ulrich Afana Ango, le maréchal de logis-chef Bell Mfoumbi Wora, le maréchal de logis-chef Guy Roger Mintsa et le maréchal de logis-chef Gille Yoka sont poursuivis pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat ; complicité d’atteinte à la sûreté de l’État ; association des malfaiteurs ; vols avec des simples violences ; séquestration arbitraire ; dégradations des biens publics ». Des crimes et délits prévus et punis par les articles 68, 48, 49, 193, 333 du Code pénal gabonais.

Dès la reprise du procès lundi dernier, le président de la Cour prend les devants. Il rappelle aux avocats que : « pour la sérénité des débats, personne ne doit prendre la parole sans l’accord du Président ». Un rappel qui va se révéler être un piège pour la suite. Passons !

D’ailleurs, comme s’il avait flairé le piège, Me Moumbembé, un des avocats de la défense, se lève et va rejoindre ses clients au prétoire. Aussitôt, il demande la parole au président, dès l’ouverture des débats. Le président ignore totalement la main levée de l’avocat. Il donne plutôt la parole au lieutenant Kelly Ondo Obiang pour relater les faits du 7 janvier 2019. Mais Kelly Ondo Obiang Va dire « Monsieur le Président je donne la parole à mon avocat ». Le président refuse et demande à Kelly Ondo Obiang et lui demande d’exposer les faits, c’est le premier couac de l’audience.

En bon soldat, Kelly Ondo Obiang ne se fait pas prier et donne son récit des faits : « Le 24 octobre 2018, suite à l’accident vasculaire cérébral du président Ali Bongo Ondimba, le pays se retrouvait dans une instabilité. Et à cette période, j’étais commandant par intérim de la compagnie d’honneur de la Garde Républicaine (GR). A ce titre, j’assistais à toutes les réunions de l’Etat-major. J’avais donc plusieurs informations, je suivais également toute l’actualité politique de mon pays avec la violation de l’article 13 de notre Constitution. Une guerre de clan était née à la présidence de la République, dirigée par le Directeur de service de renseignements. Sur le plan sécuritaire, il y avait la présence des mercenaires sur notre territoire et j’avais constaté un mouvement d’armes. Le Directeur de service de renseignements était devenu tout-puissant. Tout le monde avait désormais peur de lui.

Fort de ma formation, j’ai donc tiré les conclusions que le frère du président voulait prendre le pouvoir. J’ai pris la responsabilité de lancer une contre-attaque. J’ai pris mes responsabilités avec 3 frères d’armes. J’ai fait appel au peuple pour que le peuple Gabonais puisse défendre sa souveraineté.

Monsieur le Président, on m’accuse d’association de malfaiteurs, je me suis rapproché de mes hommes pour défendre la patrie. Donc ce n’est pas une association de malfaiteurs. Mais une association de patriotes… » Le lieutenant Kelly Ondo Obiang dira qu’il n’a pas volé les armes, il a pris les armes qui étaient à sa disposition à l’armoirie de la cité de la démocratie : « Nous avons trouvé le sergent qui était de garde à l’armoirie en train de boire une Régab et j’ai demandé à mes gars de le bâillonner et d’enlever la bouteille de Régab sinon on devait aussi l’accuser de complicité. J’ai donc agi ainsi pour protéger cet agent. »

Après avoir pris les armes, le commando va se rendre à la Radiotélévision Gabonaise. Une fois à la RTPDG, pardon Radio-Télé Gabon, le commando va neutraliser les gendarmes de garde.

A partir de 6h, les blindés de la Garde républicaine font leur arrivée sur les lieux. De 6h30 à 9h30, il règne un statu quo entre les deux camps qui s’observent. Ceci « Jusqu’à ce que le sergent Ango Ralem nous a infiltré en disant qu’il est des nôtres, puis il est reparti. C’est lui qui est parti dévoiler ma stratégie aux agents. Il a donné les informations capitales qui ont permis à la Garde républicaine de lancer l’assaut. Les mauvaises langues murmurent », dira Kelly Ondo Obiang.

Le jeune officier poursuit son récit en chargeant l’ancien porte-parole du gouvernement de l’époque : « Le porte-parole du gouvernement avait dit des contre-vérités sur mon arrestation. Je n’ai jamais été arrêté sous un lit, ou dans une maison. Quand j’ai reçu les informations que le directeur de renseignement avait donné l’ordre que je ne dois pas sortir vivant de la RTG, je m’étais donc isolé à côté du transformateur de la RTG. Et de ma position, je voyais tous les faits et gestes des groupes d’intervention. J’avais toujours mon M16 et plusieurs chargeurs pleins. Je pouvais endommager l’hélicoptère qui survolait à basse altitude. C’est aux environs de 12h que je me suis dévoilé auprès d’un capitaine de la Police. Puis j’ai été conduit à la présidence de la République. J’ai trouvé que tous les hauts officiers étaient en réunion. Le Directeur de service de renseignement et ses gars m’ont conduit après dans une pièce isolée. J’étais attaché et torturé pendant plus d’une heure. Ils voulaient que j’attribue la paternité de mon action à Brice Laccruche Alihanga et à la coalition de l’opposition. Il m’a même proposé des milliards et un voyage à l’étranger avec ma famille si j’acceptais de faire une fausse déclaration. Malgré les sévices, j’ai toujours dit que mon initiative est personnelle. Il m’a montré une seringue avec du sang à l’intérieur, il m’a dit que ce sang est contaminé du VIH et qu’il va m’inoculer si je ne parle pas. C’est ainsi que le Procureur de la République Olivier Nzaou a fait irruption dans la salle où j’étais torturé. Et il a dit aux gars que le monde entier sait qu’il a été arrêté vivant. C’est à ce moment que j’étais conduit au B2. Je rends grâce à Dieu si je suis encore vivant aujourd’hui, il a veillé sur moi. », conclut Kelly Ondo Obiang.

 

Puis la parole est donnée à l’adjudant Dimitrie Nze. Me Moumbembé demande à nouveau la Parole. Le président semble punir l’avocat, la lui refuse de nouveau. Prenant la parole, l’adjudant Dimitri Nze, va reconnaître que c’est le lieutenant Kelly Ondo Obiang qui l’avait contacté et lui a dit qu’ils avaient une mission à faire par rapport à la situation du pays. Face à cela, Dimitrie Nze a accepté la mission. Il va également revenir sur leur condition de garde à vue au B2. Car, dit Dimitri : « Pendant deux semaines nous avons été torturés sur ordre et en présence du Procureur adjoint Wilfried Adjondo. On a même été brûlés au dos…J’ai toujours les hématomes au dos ».

A son tour, Estimé va dire que le lieutenant Kelly lui avait dit que le frère du président veut prendre le pouvoir et par conséquent : « il faut contre-attaquer Frédéric Bongo. J’avais dit au lieutenant de me laisser 48h pour réfléchir. Après ces 48h, j’ai donné mon accord pour la mission. » Précise Bidima Estimé. Mes Moumbembé et Nzigou demandent encore la parole à la Cour. Mais toujours le même niet du président resté imperturbable ! Entre temps, le Bâtonnier Me Lubin Ntoutoume va faire son entrée dans la salle d’audience. Les avocats de la défense se réjouissent de la présence du Bâtonnier. En fait, un véritable ouf de soulagement pour la défense, car depuis le début de l’audience c’est comme si le président de la Cour les brimait. Ils avaient donc besoin d’un renfort…

Le président passe alors la parole à Ango Ralem. Celui que Kelly Ondo Obiang considère comme « l’infiltré  » du groupe. Ango a simplement reconnu qu’alors qu’il n’était pas de service ce jour-là et qu’il allait à l’hôpital, il a appris ce qui se passait à la RTG, puis il s’est rendu sur les lieux. Ses frères d’armes lui ont donné une arme et des munitions, mais après quelques temps il est ressorti de l’enceinte de la RTG. C’est en allant vers chez « MACKJOSS » qu’il a été arrêté. Et il a commencé à répondre aux questions des agents. Des réponses qui leur ont permis de lancer l’assaut…

Le tour va revenir aux gendarmes. Bell Mfoumbi Wora, le premier gendarme à avoir été neutralisé par le Commando du lieutenant Kelly Ondo Obiang va être le premier à s’exprimer. Le jeune gendarme va dire que c’est sous la contrainte du Sergent Bidima qu’il a pris une arme de type qu’il n’avait jamais touchée, car cette arme, le seul corps qui la possède est la GR. Il a juste tiré en l’air selon les instructions du Sergent Bidima.

Le Maréchal de logis chef-major Armelle Ulrich Afana est appelé à son tour. Mais Me Nzigou revient demander la parole. Cependant, le Président reste droit dans ses bottes. Il dicte sa loi. Personne ne prend la parole sans son accord. Le jeune avocat insiste et prend la parole au forceps. Quelques minutes après, Me Moumbembé vole à son secours et prend également la parole. Sous la pression des avocats de la défense, le président finit céder. Me Moumbembé rappelle au président que, depuis le début de l’audience, il ne cesse de demander la parole mais malheureusement sa main est restée en souffrance pendant plus d’une d’heure. Il soulève l’exception d’inconstitutionnalité sur l’article 451 du code de procédure pénale. Car selon l’avocat, la disposition prévoie que : « le pourvoi en cassation n’est pas suspensif », viole manifestement le Préambule de la Constitution gabonaise. Il ajoute que la question de la compétence d’une juridiction est d’ordre public, elle garantit les droits de la défense. Donc l’article précité est anticonstitutionnel. A cela, Mes Meye François et Anges Nzigou vont également soulever l’exception d’inconstitutionnalité de la loi N°7/73 du 20 décembre 1973, portant code de justice militaire. En effet l’article 9 de la loi N°7/73 du 20 décembre 1973 portant Code de justice militaire précise que : “ lorsque les militaires ou assimilés, poursuivis en temps de paix pour un crime ou un délit de la compétence des juridictions militaires, ont comme co-auteurs ou complices des personnes ne relevant pas de la Cour Spéciale Militaire, tous les inculpés sont traduits devant les juridictions de droit commun, sauf dans les circonstances expressément prévues par une disposition spéciale de la loi.” La disposition spéciale de la loi n’étant pas expressément indiquée dans le cas d’espèce, cela lèse les droits de la défense du lieutenant Kelly Ondo Obiang, car l’un des coaccusés est un civil en la personne de Sieur Ballack Obame. Par conséquent, les deux avocats demandent à la Cour de surseoir à statuer afin de transmettre le dossier au juge constitutionnel.

Le ministère public va faire ses observations suite aux exceptions soulevées par la défense. Selon le Procureur ces demandes ne peuvent prospérer, car elles ont été faites tardivement. Il ajoute : « la loi précise que les exceptions doivent être soulevées dès l’entame des débats ».

L’avocat de l’Etat Me Homa Moussavou s’y engouffre et demande à la Cour de déclarer irrecevables lesdites demandes. Selon lui, les exceptions des avocats de la défense sont fantaisistes.

Les avocats de la défense rappellent à la Cour qu’elle ne lui appartient pas de statuer sur la recevabilité de l’exception d’inconstitutionnalité, car l’article 90 alinéa 3 dispose que «  la juridiction devant laquelle une exception d’inconstitutionnalité est soulevée, saisit la Cour constitutionnelle par voie d’exception préjudicielle. Elle sursoit à statuer. »

La Cour va rejeter les exceptions d’inconstitutionnalité au motif que lesdites exceptions ont été soulevées tardivement. Le piège se dévoile enfin ! Aussitôt Me Moubembé reprend la parole en disant que dès l’entame de l’audience, il a demandé la parole pour plaider ses exceptions. Mais malheureusement la Cour la lui a refusée. Remonté, il décide alors décide de sortir de la salle en invitant ses collègues à le suivre. Les avocats vont quitter la salle ! L’audience ne pouvant se tenir sans avocat de la défense, l’affaire a été renvoyée à hier, jeudi 24 juin.

Face à une justice devenue non seulement « une industrie lucrative » mais aussi et surtout au service d’un système et d’un régime que le certains juges servent aveuglement, il est difficile d’espérer un jugement équitable.

 

 

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