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A propos d’une chronique anachronique du quotidien « L’union »

Si Omar Bongo Ondimba a été le chantre du tribalisme via sa géopolitique à dosage ethnique, son fils Ali Bongo ne s’y est pas écarté. Pire il a évolué vers la préférence étrangère.

Il y a quelques jours, le chroniqueur Teddy Ossey a dénoncé le « communautarisme » et le « tribalisme » dont il s’inquiète de les voir relayés « en flots ininterrompus sur les réseaux sociaux ». Le chroniqueur de L’union s’en prend aussi, sans toutefois les citer, aux journaux de la place qui, selon lui, nous livreraient « des analyses dithyrambiques aux relents nauséeux de communautarisme et de tribalisme ».

Ce qui l’amène à en conclure que « notre vivre-ensemble est ainsi menacé par des chantres de la division », que « L’unité nationale si chèrement tissée par nos pères fondateurs de notre beau pays s’étiole… » et que « Les nominations – entendez en conseil des ministres – sont auscultées et disséquées sous le prisme de la tribu, de l’ethnie, et de la province ». Et Teddy Ossey de « demander à ces croisés d’un genre nouveau de ne voir ces compatriotes qu’ils mettent à l’index que ce qu’ils sont, c’est-à-dire simplement des Gabonais ».
C’est à croire que notre compatriote minvoulois ne vit pas au Gabon. Prétend-il qu’il faut fermer les yeux sur les réalités claniques, tribales et ethniques au Gabon et que les Gabonais ne sont pas autre chose que des Gabonais ? Lui qui est du clan Bekwe peut-il épouser une jeune femme Bekwe ? Il sait bien que non. Il serait tout simplement rejeté tel un paria par sa communauté profondément exogamique. Cet interdit n’est nulle part mentionné dans nos lois. Le code pénal l’ignore totalement. Pourtant, dans la conscience du Bekwe Teddy Ossey, il est opérationnel, à son corps défendant. Revenons donc sur terre, la terre gabonaise s’entend, pour constater avec Paul Mba Abessole qu’il n’y a, au fond, pas de « simplement Gabonais » comme le proclame Teddy Ossey. Pour l’ancien patron du Morena, du Morena des Bûcherons, du RNB, et du RPG, au Gabon, nous nous ressentons, chacun, d’abord Apindji, Kota, Punu, Fang, Téké, Ombamba, Myènè, Eshyra, Nzebi, etc… puis, seulement après, Gabonais. Sa Fête des Cultures ne fut pas un hasard. Elle s’inscrivait dans une nouvelle vision constructive de la nation gabonaise qui n’oublierait pas de prendre en compte l’existence et la variété des souches identitaires existantes dans le pays. Le chroniqueur de L’union nous demande justement de les ignorer.
Omar Bongo Ondimba, de son temps, y avait prêté la plus grande attention. Il en raffina même un dosage ethnique baptisé « géopolitique ». Lui – et ses soutiens – avaient bien compris qu’issu d’une ethnie minoritaire, il lui fallait « diviser pour régner » longtemps. Et c’est vrai que dans une zone et une période où les systèmes parentaux et claniques sont encore en vigueur et où la notion de nation ne déborde pas celle du clan, le projet Gabon des années 60, c’est-à-dire la construction d’un Etat moderne, citoyen, démocratique, le développement d’une économie de production et l’éclosion de sa Nation interculturelle ne pouvait fleurir sans être fertilisé par l’un de ses terreaux principaux : l’entrelacement des logiques familiales traditionnelles dont l’une des options ne pouvait qu’être l’instrumentalisation des ethnies pour asseoir un pouvoir politique familial. OBO appâta un certain nombre de cadres pour les entraîner dans sa vision d’un Gabon en proie à une soi-disant lutte des ethnies entre elles. L’édification de l’Etat fut donc soumise à cette vision. L’accession aux plus hautes fonctions civiles et militaires de cet Etat-là également. Restait à procéder à l’analyse des ethnies pour définir les ethnies amies et les ethnies ennemies.
Quel Gabonais n’a pas ressenti, même si cela n’est pas formellement reconnu de manière officielle, qu’OBO a travaillé, tout au long de son long règne, à souder les liens de sang avec les barons issus des ethnies apparentées et de la province déclarée souveraine, à raffermir ses relations avec les hauts dignitaires issus des ethnies et des provinces déclarées alliées , à isoler et fractionner au maximum les cadres originaires des ethnies et des provinces condamnées comme ennemies, c’est-à-dire jugées opposantes au système Bongo, à gagner à la défense du système les cadres des ethnies et provinces jugées intermédiaires, c’est-à-dire récalcitrantes, pour qu’elles ne se rapprochent pas des ethnies cataloguées ennemies, à rechercher le soutien sans faille des élites dirigeantes françaises par l’alignement diplomatique, la corruption personnalisée, le financement de tous les partis politiques de l’Hexagone et de leurs campagnes électorales, ainsi que l’appui, à fonds perdus, des lobbies américains Etc. ?
Aucun, sauf, peut-être Teddy Ossey, le chroniqueur de L’union. OBO avait instauré un discours politiquement correct. Réécoutons sa dernière adresse à la nation : « Dans un monde où le maître-mot est l’ouverture, nous ne pouvons continuer à édifier des barrières sans intérêt.
Il nous faut donc cultiver au Gabon, cette valeur cardinale qu’est l’ouverture vers l’autre, la solidarité et le partage tant au sein du Gouvernement que ses cabinets ministériels, des administrations et des entreprises. De notre diversité, faisons une richesse; de nos différences, faisons une force. Alors dans notre pays le Gabon, sachons cultiver ces principes. »
Propos populiste. Pourtant dans son livre, Blanc comme Nègre paru en 2001, Omar Bongo Ondimba qui connaissait bien son pays avouait : « Il y a des ethnies dominantes, mais moi, délibérément, je ne parle pas de ça […] » C’était donc là un choix que de décider de ne pas en parler. C’est bien la preuve que l’homme et ses soutiens ont « délibérément » instauré la géopolitique d’OBO qui, dans le même ouvrage, affirme : « je ne connais pas une ethnie supérieure ni minoritaire: on est Gabonais, c’est tout ». En fait, il leur fallait endiguer le déferlement prévisible du flux démographique des « ethnies dominantes » sur le champ politique. Craignant bien évidemment que ces dernières se l’accaparent définitivement et rendent incertains les résultats électoraux à venir. Le monopartisme a servi à cimenter tout cela pendant 22 ans. 30 ans après la Conférence nationale, le TSF en est un des avatars.
En fait, le chroniqueur de L’union a choisi d’adopter la posture d’Omar Bongo Ondimba qui a « délibérément » décidé de faire l’impasse sur la réalité « des ethnies dominantes » pour « on est Gabonais, c’est tout ».
Pourquoi ne pas se libérer de cette vision et penser le Gabon autrement ? En partant de la réalité, pour penser ensemble l’essor d’un Gabon d’un type nouveau qui tiendrait compte non seulement des disparités démographiques mais également de la nécessité de rassurer ceux qui, se sentant numériquement minoritaires, vivent dans l’appréhension d’être marginalisés des retombées de ce développement. Il faut penser d’autres paradigmes et des temps nouveaux. Cette chronique de Teddy Ossey est infestée de relents anachroniques d’un passé que certains nostalgiques veulent voir se perpétuer.

 

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