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Chronique politique de Beauty Nana BAKITA MOUSSAVOU/Transition gabonaise : La diagonale du flou

A cause de promesses non tenues, des calculs faux des politiciens et la rapacité des dirigeants, chez moi, à Moabi, comme dans la plupart des contrées du pays, la politique est désormais caricaturée et définie comme l’art de mentir. En conséquence de quoi, la page de la période où la politique, « forme la plus haute de la charité », consistait à prendre des décisions garantissant le développement du pays paraît définitivement tournée.

Hypnose de la politique politicienne

Comme professé dans les facultés, instituts et grandes écoles de sciences politiques, les politiques utilisent un arsenal de techniques et ressorts de manipulation politique de tout genre qui leur sont enseignées par les professionnels de la communication verbale et non verbale. Rompue aux techniques de communication apprises des professionnels reconnus dans ce domaine, la classe politique en use assez souvent à des fins de manipulation politique de tout genre. L’agnotologie de la préservation, de la propagation et du développement de l’ignorance qui corrompt toute possibilité de développement de la pensée permettant de comprendre et d’analyser les problèmes qui s’opposent au bon fonctionnement du pays en découle.
Dans ces conditions, les populations ignorantes, apolitiques, voire dépolitisées, se tombent leur manteau de souveraineté et se muent en objets de la classe politique qui leur fait jouer le rôle subsidiaire de bœufs votants en période électorale, d’adulateurs lors des meetings et de marcheurs pour réclamer une candidature qu’ils n’ont jamais préconisée. Ils sont souvent remerciés en monnaie de singe, notamment par une canette de bière, un tee-shirt, une casquette et un billet de deux mille Fcfa.
Ces techniques de création de l’ignorance, apprises dans les facultés et grandes écoles, aux frais du contribuable, permettent aux détenteurs de ces types de formation de reproduire des politiques néo coloniales dont le vol fait partie des activités quotidiennes. Héritiers des régimes coloniaux, les dirigeants à la tête de nos pays sont chargés de prolonger le vol colonial. Lequel est institué comme un habitus, c’est-à-dire en un comportement devenu quasiment naturel comme le proclame le philosophe Franklin Nyamsi.
Le colonialisme étant synonyme de vol, de pillage des matières premières, de corruption de l’élite politique, administrative et militaire, pour tous les pays nés de la cuisse du colonialisme, le vol occupe une place centrale. Ces pays sont composés de voleurs obsessionnels, compulsifs, qui paraphrasent négativement Descartes : « je vole, donc je suis ». Les voleurs coloniaux imposent des voleurs colonisés à la tête de nos Etats, particulièrement au niveau des pays francophones. Dis-moi qui t’a mis à la tête de l’Etat, je te dirai qui tu es.

La SEEG, encore et toujours !

Il ne serait pas superflu de rappeler que le coup d’Etat militaire du 30 août 2023 n’a permis que le changement de personnes à la tête du système en gardant le système lui-même inchangé. Cela transparaît à travers des promesses non tenues. Parmi celles-ci figurent la restauration des institutions du pays, la restitution de la dignité des Gabonais, la stabilisation de l’eau et de l’électricité sur toute l’étendue du territoire national. J’en passe et des meilleurs.
Il est étonnant qu’en temps de « paix », le Gabon vive au rythme des coupures d’eau et d’électricité, de sorte que les soins médicaux soient administrés sur les malades à la lumière de la torche du téléphone, comme en Ukraine où les installations sont soumises aux bombardements continus russes depuis trois (3) ans.
Pourtant, c’est depuis 1879 que Thomas Edison a inventé l’électricité domestique. Et 2500 ans avant l’avènement de Jésus, le Christ, les Crétois mirent au point les premiers ouvrages d’adduction d’eau courante. Il est donc aberrant qu’en 2025, les dirigeants de notre pays peinent à régler un problème qui aurait connu son épilogue depuis des lustres.
Il reste marqué dans les mémoires des consommateurs de ces précieux produits que le 12 septembre 2024, le chef de l’Etat, le président de la transition, avait annoncé, sur fond de métaphysiquerie et d’humiliation du vaillant personnel de la SEEG, dont les responsables syndicaux avaient été humiliés et jetés au B2 par Brice Clotaire Oligui, que l’électricité produite à partir de deux navires-centrales amarrés au large d’Alenakiri, se substituera à la lampe à pétrole et à la bougie afin de réduire les délestages à Libreville. Cet exhibitionnisme politique, ingéré par osmose à travers son immersion dans le système Bongo-PDG, dénote de la gestion bongolandaise qui nourrit son homme tout en desservant les populations. De tout temps, les dirigeants de la SEEG jouent au sport-roi qui consiste à se remplir les poches au point de s’immerger froidement dans des scandales avec une insouciance satanique de la vie des populations.
Hier, détournements des recettes et pillages via des sociétés-écrans montées par des cadres de la SEEG. Aujourd’hui, outre la direction générale, la mairie de Libreville, le Fonds gabonais d’investissements stratégiques, des membres du gouvernement, notamment Mays Mouissi, la perle rare dont se prévalait Brice Clotaire Oligui dans ses meetings, qui lui prêtait une compétence économique hors pair, sont soupçonnés d’y avoir trempé. Il se susurre, pour l’ex-ministre de l’Economie, qu’il assouvissait sa boulimie financière en combinant l’admiration que lui vouait son chef et sa confortable position ministérielle.
La graine prise, il surdimensionna alors sa louche à la mangeoire mieux que ses prédécesseurs qu’ils vilipendaient naguère sur les plateaux des télévisions et dans les studios des chaînes de radio-diffusion hors du Bongoland, en particulier en France. Dans la glue financière de la SEEG, son nom côtoierait ceux de ses collègues du gouvernement, Mba Ekome, Kalima, suivis d’autres athlètes du sport-roi à col blanc qui estimèrent qu’une électricité produite on-shore est impropre. Ils optèrent alors pour une énergie off-shore produite par Karpowership à partir de deux navires-centrales gérés par une équipe composée de quatre-vingt-dix personnes dont un tiers sont des Gabonais formés par cette société.
Au terme de l’accord y relatif, signé en mai dernier, Karpowership, déjà échaudée en Afrique du Sud, se mit bille en tête de se rattraper chez Josué par le délestage mensuel des caisses de la SEEG, déjà mises à mal par des tsunamis à répétition, de la bagatelle somme de treize milliards (13 000 000 000) de Fcfa et faire étancher la soif de ses navires toujours par la SEEG.

Calculs politiciens

C’est au nom des promesses et d’engagements non tenus que les Gabonais assistent, cois, aux appels à la candidature par des associations tribales et leurs démembrements. Ainsi que par d’autres officines en mal de reconnaissance et d’aumône. Des grévistes de la faim qui crèvent de faim. Le président Laurent Gbagbo avait dit que « quand on t’envoie, il faut savoir t’envoyer ».
La Coalition pour le nouvelle République et la plate-forme Telema ont stigmatisé « toutes ces manipulations appelant à la candidature de Brice Clotaire Oligui à la présidentielle que l’intéressé a fixée au 12 avril prochain, moyennant une débauche d’argent. Cette débauche financière, qui mérite enquête, est purement un appel à la violation du droit et de l’éthique. Une forfaiture que le droit et la raison ne peuvent légitimer ni laisser prospérer ».
La CNR et la plate-forme Telema, dans une déclaration conjointe, ont exprimé leur inquiétude de voir le général Brice Clotaire Oligui Nguema rééditer les mêmes atrocités que celles qu’ont vécues les Gabonais, du père, du fils et maintenant du…saint esprit. Brice Clotaire Oligui Nguema nous annonce déjà la couleur que prendrait le pouvoir sous son magistère : président d’associations tribales (Ossimane, du côté de son père, dans le Woleu Ntem, et Tsoumou, du côté de sa mère, dans le Haut-Ogooué). Impensable et inacceptable pour un président de la République censé être président de tous les Gabonais !
Pour toutes ces raisons, la CNR et la plate-forme Telema ont rejeté avec force la date précipitée du 12 avril 2025 pour la présidentielle et la candidature des militaires et des magistrats à celle-ci.
En conséquence de quoi, la CNR et la plate-forme Telema invitent les sages de la République, les responsables religieux, les responsables des institutions de la transition ainsi que ceux des institutions internationales de s’armer de courage pour faire entendre raison au président de la transition afin de ne pas se porter candidat à l’élection présidentielle de 2025.
En effet, après avoir subi l’effroyable crise post-électorale de 2016 qui a emporté la vie de nombreux compatriotes, le peuple gabonais, qui a salué le coup d’État militaire du 30 août 2023, qualifié par la junte de « coup de la libération », pour avoir épargné le pays d’un bain de sang, ne peut plus se mettre à nouveau dans l’incarcération. Ce qui s’assimilerait à sauter de la poêle dans le feu.
Et la CNR et la plate-forme Telema d’ajouter que « le président de la transition doit conduire le coup de libération jusqu’à la libération totale de cette liberté sans entraver la liberté de la liberté ». Notre pays a besoin de paix véritable et d’unité nationale solide.
Les deux mouvements, tout en évoquant l’autorité de la parole donnée du président de la transition pendant son investiture, de la charte de la transition et celle des conventions internationales, la Coalition pour la nouvelle République et la plateforme Telema en appellent à l’esprit même de la transition et à la concorde afin de ne pas mettre en péril la stabilité de notre pays.
Tout bien considéré, ce flou artistique est accentué par l’anticipation du calendrier électoral. Sous l’emprise de cette hantise, le gouvernement de la transition a même omis de prévoir la date du deuxième tour de l’élection présidentielle dans son calendrier électoral.
Les observateurs avisés soupçonnent que cette précipitation viserait à empêcher l’émergence de candidatures crédibles qui seraient une alternative au chemin sans issue que voudraient proposer les acteurs et les responsables des institutions de la transition.
Il va sans dire qu’il y a comme un vent de panique du côté de la junte militaire au pouvoir qui a préféré saborder l’estime des Gabonais en s’encombrant des fossoyeurs PDGistes de la République.

 

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