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Gabon/Décès brutal de l’ex-PM Issozet Ngondet : A-t-il laissé sa peau à la primature ?

Franck Emmanuel Issoze Ngondet, le premier Kota et le premier ressortissant de l’Ogooué-Ivindo à occuper la primature.

L’ex-PM Emmanuel Issoze Ngondet (28 septembre 2016 – 12 janvier 2019) est décédé dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, à 59 ans, des suites de complications d’une crise d’asthme. L’annonce de sa disparition a plongé l’opinion dans le choc et l’incompréhension. Que l’on ait été d’accord ou pas avec sa politique, il a été un serviteur de l’Etat dont le trait majeur n’était pas le conflit mais plutôt la quête de consensus. Une disparition qui suscite des interrogations et des doutes au regard du climat politique morose actuel…

Un parcours politique honorable

Né le 2 avril 1961 à Makokou, « Franck » pour ses proches, était un diplomate formé à l’Ecole nationale d’administration (Ena), mais d’abord au Cuspod (école des cadres du PDG). Il débute sa carrière comme conseiller au sein du ministère des Affaires étrangères. Il occupe ensuite des postes au Cameroun, en Grande-Bretagne, au Canada et en Allemagne avant d’être nommé ambassadeur en Corée du Sud, en Éthiopie (auprès de l’Union africaine), puis à New York (auprès des Nations-unies).
Après un court passage comme ministre de l’Energie, début 2009, c’est à la tribune de l’Onu, en tant qu’ambassadeur, qu’il avait défendu la première élection d’Ali Bongo Ondimba, contestée par André Mba Obame, en octobre de la même année. Il avait été le directeur de campagne d’Ali Bongo Ondimba dans sa province de l’Ogooué-Ivindo à l’époque.
Rappelé à Libreville en 2011, ce technocrate, devenu politique, ne quittera alors plus le gouvernement pendant près d’une décennie, occupant plusieurs ministères clés : Relations avec le Parlement, Budget, Fonction publique, puis Affaires étrangères. Député depuis 2011, il avait ensuite été nommé, le 28 septembre 2016, au poste de Premier ministre. Une nomination qui fit de lui tout un symbole politique dans sa localité d’origine. D’abord, il rompt avec les stigmates tribalistes qui ne voyaient pas un ressortissant kota, son ethnie, parvenir au sommet de l’appareil d’Etat. Il en sera pourtant le premier. Ensuite, c’est le premier Ogivin à devenir chef d’un gouvernement depuis la création de l’Etat gabonais en 1960. Durant son magistère, il s’efforcera de promouvoir les cadres originaires de cette province qui, à tort ou à raison, ont toujours estimé qu’ils étaient brimés dans la répartition des postes malgré la « géopolitique à dosage ethnique » bongoïste.

De l’image de pilier à celle de « traître » du régime

Au lendemain de l’AVC d’Ali Bongo le 24 octobre 2018 à Ryad, en Arabie Saoudite, Issozet Ngondet sera progressivement écarté de la gestion de l’Etat. Et pour cause ? Selon des sources, l’ex-PM Issozet, pressé par les proches de Boa, dont le directeur de cabinet Brice Laccruche, qui voulait que lui, le PM, s’efface afin de lui céder les rênes de l’Etat (décisions), il chercha à se « protéger » en obligeant Mborantsuo, par une saisine ambiguë, à trouver elle-même la solution face à la crise qui était née avec l’absence d’Ali Bongo à la tête du pays. Et pour cause, certains proches du président avaient estimé que dans sa requête adressée à la Cour constitutionnelle, Issozet Ngondet voulait que la Cour déclare la vacance du pouvoir ou lui donne le feu vert juridique pour le faire. Ce qui ne lui avait pas créé des amis autour d’Abo.

L’homme du NON !

Le vrai problème est qu’en tant que « témoin » oculaire des évènements de Rabat, quand Abo y fut transporté après Ryad, et que l’opinion croit dur comme fer qu’il serait plutôt déjà décédé depuis le 24 octobre, Issozet Ngondet aurait exigé, en sa qualité de PM, de faire partie de la délégation que Marie Madeleine Mborantsuo et Laccruche Alihanga avaient formée pour aller s’enquérir officiellement de l’état de santé d’Abo et prendre la conduite à tenir pour la gestion du pays, sous l’impulsion du roi Mohamed VI du Maroc et du président Emmanuel Macron de la France. Un geste qui sera interprété comme une façon de douter de la version servie par le DC BLA. Il en savait donc beaucoup…
Pourtant vainqueur des législatives d’octobre 2018 en tant que Premier ministre et en quelque sorte chef de la majorité parlementaire, Issozet Ngondet sera quand même viré comme un malpropre du gouvernement par BLA et Sylvia Bongo Ondimba qui ne le supportaient plus. Mais là où les problèmes vont se poser c’est lorsqu’il « humilie » à son tour le Palais du bord de mer en refusant le poste de Médiateur de la République, poste que le décret suivant son décret de destitution du gouvernement lui confiait. Il préféra aller siéger au Parlement comme « simple » député. Primitivement, il avait dit non à BLA qui voulait l’associer à sa tournée républicaine dans l’Ogooué-Ivindo. Ce qui lui valut le surnom de « l’homme du non ».

« Un ascète dans la cour »

En février 2007, il avait publié à la maison d’édition L’Harmatan (Paris) une œuvre littéraire intitulée « Un ascète dans la cour » et qui avait des allures de pamphlet politique. Par la force du destin, la vie de Jean-François Ngôh, personnage central du livre, prend un itinéraire vertigineux qui l’amène à participer aux moments marquants de l’histoire de son pays et à fréquenter assidûment les hauts lieux du pouvoir. Il renonce aux délices et aux mirifiques tentations de la cour. Une fois sorti des palais, il mène une existence plutôt laborieuse chez lui à Epassendjé, son village natal.
La vie de JF Ngôh pose de façon provocatrice la problématique du serviteur de l’Etat devant la chose publique et invite à une certaine réflexion sur la retraite des responsables politiques. Ce que d’aucuns refusent. Véritable philosophie ou signe prémonitoire, l’ex-PM avait-il voulu montrer, en refusant la Médiature (poste toujours vacant à ce jour), qu’il voulait s’appliquer le personnage de son essai ? Et cela quitte à endosser le costume de « traître » du régime ? Sa disparition prématurée dont la version médicale officielle (crise d’asthme) est déjà contestée par l’opinion fait-elle partie de la « short list » des PDGistes (députés, hauts cadres) qui, depuis un moment, meurent les uns après les autres ? Affaire à suivre.

 

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