L’exécutif gabonais affiche sa volonté de s’attaquer à un chantier aussi sensible que structurant : la parafiscalité. Présidée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, une récente séance de travail a permis de poser les bases d’une réforme présentée comme profonde. Objectif affiché : mettre fin à un système jugé anarchique, peu transparent et lourdement pénalisant pour les finances publiques comme pour le pouvoir d’achat des ménages.
Le diagnostic dressé par les autorités est sans appel. La parafiscalité au Gabon s’est progressivement construite en marge d’un cadre centralisé, donnant lieu à une prolifération de prélèvements souvent mal encadrés. Une pléthore de taxes et redevances coexistent aujourd’hui, issues de multiples entités administratives, parfois sans coordination claire.
Taxes sur l’occupation du domaine public communal ou routier, redevances d’embarquement, taxes d’hygiène ou encore prélèvements liés à la publicité : une même activité économique peut se retrouver soumise à une superposition de charges. Une situation qui entretient une confusion généralisée chez les opérateurs économiques, contraints de naviguer dans un labyrinthe administratif sans guichet unique ni visibilité réglementaire.
Au-delà de la complexité administrative, c’est l’impact économique qui suscite le plus d’inquiétudes. Selon les estimations avancées lors des travaux, entre 55 et 95 milliards de FCFA échapperaient chaque année au Trésor public. En cause : des circuits de collecte éclatés, des pratiques informelles et un défaut de traçabilité des flux financiers.
Ce manque à gagner s’accompagne d’un effet pervers : une répercussion directe sur les prix. Les opérateurs économiques, soumis à cette pression fiscale diffuse, répercutent les coûts sur les consommateurs, alimentant ainsi une inflation qui pèse sur le panier de la ménagère.
Face à ce constat, le gouvernement entend reprendre le contrôle. La création d’un comité technique placé sous l’autorité du secrétariat général du gouvernement marque une première étape vers une rationalisation du système. Ce dispositif aura pour mission de proposer une architecture institutionnelle claire, notamment en matière de contrôle et de surveillance du marché.
Toutefois, plusieurs interrogations demeurent. La réussite de cette réforme dépendra de la capacité de l’État à imposer une véritable discipline administrative à des entités habituées à fonctionner de manière autonome, voire concurrentielle. La suppression ou la fusion de certaines taxes pourrait également susciter des résistances, notamment de la part d’acteurs qui tirent profit de ces circuits parallèles.
Par ailleurs, la centralisation des flux financiers nécessitera des outils de suivi performants et une volonté politique constante pour lutter contre les pratiques informelles profondément ancrées.
Si l’initiative traduit une prise de conscience salutaire, elle intervient dans un contexte où la gouvernance financière reste un enjeu majeur. L’ambition de simplifier, encadrer et rendre plus transparente la parafiscalité pourrait constituer un levier important pour restaurer la confiance des opérateurs économiques et améliorer les recettes publiques.
Reste à savoir si cette réforme dépassera le stade des intentions pour produire des effets concrets et durables. Car au-delà des annonces, c’est bien la capacité de l’État à transformer en profondeur ses pratiques administratives qui sera scrutée dans les mois à venir.



