Le Gabon vient de perdre l’une de ses figures historiques. Joseph Etoughe Otsaghe, ancien ministre sous les présidents Léon Mba et Albert-Bernard Bongo, est décédé dans la nuit, aux environs de 23h05, à l’âge de 94 ans.
Né en 1932 à Ndjolé, dans le département de l’Abanga-Bigné, province du Moyen-Ogooué, Joseph Etoughe Otsaghe laisse derrière lui un parcours de plus d’un demi-siècle au service de l’État, marqué par des responsabilités politiques, administratives et économiques de premier plan.
Instituteur de formation, il commence sa carrière dans l’enseignement avant de s’impliquer, dès les années 1950, dans la structuration du syndicalisme enseignant. Cette première expérience dans la vie publique ouvre la voie à une longue carrière au sein de la haute administration gabonaise.
Après avoir exercé les fonctions de sous-préfet, il entre au gouvernement du président Léon Mba. Le 12 décembre 1966, il est nommé ministre de l’Agriculture, de l’Économie rurale et des Eaux et Forêts.
Lors du remaniement du 25 janvier 1967, il est confirmé à la tête de ce département. Il participe notamment, dans le cadre de ses fonctions, à plusieurs rencontres internationales consacrées à la gestion des ressources forestières, notamment avec la FAO.
La disparition de Léon Mba, en novembre 1967, et l’accession au pouvoir d’Albert-Bernard Bongo ne mettent pas fin à la carrière gouvernementale de Joseph Etoughe Otsaghe.
Durant la période de transition présidentielle, du 28 novembre 1967 au 25 janvier 1968, il conserve provisoirement ses fonctions au ministère de l’Agriculture.
Le 25 janvier 1968, le nouveau chef de l’État lui confie le portefeuille du Travail et des Affaires sociales, qu’il dirige jusqu’en 1969.
Cette double expérience gouvernementale, sous les deux premiers présidents de la République gabonaise, fera de lui l’un des rares témoins directs des premières années de construction de l’État gabonais indépendant.
Parallèlement à ses fonctions ministérielles et parlementaires, Joseph Etoughe Otsaghe occupe de nombreuses responsabilités dans l’administration, la diplomatie et les entreprises publiques et parapubliques.
Il sera notamment ambassadeur du Gabon en Espagne, premier secrétaire général de l’Aviation civile, gouverneur de la Nyanga, puis gouverneur du Moyen-Ogooué. Il exercera également les fonctions de vice-président du Conseil consultatif national.
Dans le secteur économique, il assume également des responsabilités de gestion, notamment à la SMAG, où il siège comme administrateur, à la SNI, dont il devient président du conseil d’administration, ainsi qu’à l’Office du Bois, où il occupe le poste de directeur général des Finances.
En 1990, Joseph Etoughe Otsaghe prend part à la Conférence nationale, moment charnière de l’histoire politique contemporaine du Gabon. Il y participe comme représentant du FAR, formation politique de Léon Mba-Mbou Yembi, au sein des personnalités de la société civile et de l’opposition engagées dans les débats sur l’avenir institutionnel du pays.
À l’issue de cette grande rencontre politique, il retrouve les bancs de l’Assemblée nationale. Élu député lors de la 8e législature, de novembre 1990 à mai 1996, il en devient également le 6e vice-président. Il renouvelle ensuite son mandat parlementaire en 2001, à l’occasion de la 9e législature.
Avec Paul Malékou, Joseph Etoughe Otsaghe comptait parmi les derniers ministres encore en vie ayant directement travaillé aux côtés de Léon Mba, premier président du Gabon indépendant.
Sa disparition constitue ainsi bien plus que celle d’un ancien responsable politique. Elle marque la disparition de l’un des derniers témoins directs d’une période fondatrice de l’histoire institutionnelle gabonaise, celle des premières années de l’indépendance et de la mise en place des structures de l’État.
À travers son parcours, Joseph Etoughe Otsaghe aura traversé plusieurs séquences majeures de l’histoire politique du Gabon : les premières années de l’indépendance, la succession de Léon Mba, l’installation du régime d’Albert-Bernard Bongo, puis le retour au pluralisme politique au début des années 1990.
Le Gabon perd ainsi une mémoire vivante de son histoire politique et administrative.




