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André Mba Obame (AMO) : Du stratège politique d’Omar Bongo, au rival politique d’Ali Bongo

André Mba Obame lors de sa prestation de serment comme virtuel président de la République.

Son itinéraire se situe entre l’entrisme 1984-1996 et l’opportunisme bien après jusqu’en 2006. L’élection de 2009 avait mise en exergue une rupture qui était déjà consommée depuis 2005 entre ABO et AMO. Les accusations ridicules sur la cession de l’ile Mbanié préludaient d’une bataille sans relâche pour la succession. C’était le conflit de deux rêves pour un seul siège. Dans les calculs d’ABO, AMO devait être son cheval de Troie. Notamment lui ramener l’électorat fang le plus important du pays. Aussi selon la configuration du régime, le président serait ABO du G2 et le Premier ministre un fang mais cette fois-ci du Grand-nord en l’occurrence AMO. En quelques mois ils devinrent les pires amis du monde.

La situation d’AMO était plus complexe

Il convient de rappeler que le concept d’électorat fang au Gabon est un peu spécieux, car les fangs majoritaires dans les chiffres réels démographiques du Gabon se déploient dans cinq régions sur neuf que compte ce pays. Les mobilisations politiques obéissent à cette logique. La seule mobilisation, c’est le fait que les fangs estiment qu’étant majoritaires, il faudrait revenir à la réalité politique du pays donc reprendre la présidence perdue en 1964. Mais ceux qui se sont accaparés du pouvoir ne vont pas lâcher prise. AMO ne pouvait pas accepter cet augure. Car il méprisait ABO (à tort) son « ami et frère » de 20 ans, au motif que le long règne d’OBO n’avait pas changé la donne sociodémographique du Gabon. Son long compagnonnage avec les Bongo était stratégique : Gagner suffisamment leur confiance, puis ramasser la mise après. Et d’ailleurs OBO dans ces différends et conciliabules avec les siens n’arrêtait pas d’agiter cet épouvantail : rendre le pouvoir aux fangs. Mais AMO avait sous-estimé la soif du pouvoir de son cadet et le conservatisme des détenteurs du pouvoir. Cet élixir qui fait perdre la raison aux hommes.

 

Le camarade AMO (centre), considéré comme le grand stratège des rénovateurs d’Ali Bongo.

Le pouvoir transforme les hommes notamment la présidence

Certains redoutant que muni de ce pouvoir AMO pouvait en surprendre plus d’un. De plus l’élection de 2009 était improvisée. Les stratégies n’étaient pas bien affûtées. L’autre dimension sous-estimée c’est la résonnance sous-régionale de cette éventualité. Si AMO avait pris les rênes du pouvoir en 2009, trois pays de la CEMAC auraient été dirigés par des fangs : Cameroun, Guinée Equatoriale, et Gabon. Cela aurait été un retour à la situation politique sous-régionale entre 1946 et 1964. Car le premier homme fort du Cameroun fut André-Marie Mbida un fang du clan Eton il fut Premier ministre du Cameroun. Il était talonné par son compatriote et concurrent Charles Assalé fang comme lui. Il y en avait aussi dans l’opposition avec Abel Eyinda, ou le révolutionnaire Ossende Afana ainsi que Mongo Beti tous du même groupe.

Ce fut d’ailleurs l’indocilité de Mbida qui irrita les français. Ils ont donc monté un coup parlementaire en poussant son adjoint Amadou Ahidjo contre lui, qui l’avait remplacé à la suite d’une fausse crise parlementaire en 1958. Ce spectre hante de nombreux esprits au Gabon. Mais la personnalisation de la vie politique et l’ordre socio-politique en place obèrent l’éclosion de nouvelles têtes.

AMO était considéré comme stratège sous OBO

Mais ce fut pour conserver l’ordre établi en mobilisant les moyens de l’Etat. En 2009, il s’agissait désormais de conquérir le pouvoir. Et contrairement aux lieux communs les fangs n’ont jamais « dirigés » le Gabon. Car Léon Mba n’était pas le président des fangs ni du G1. Mais le président de tous les gabonais. Sous son règne l’Etat gabonais avait une culture légale-rationnelle au service des gabonais. Et non un magma de roitelets aussi cupides qu’inefficaces. L’Etat gabonais n’était pas un gibier pour les familles. C’est OBO et sa clique de l’AGEG qui ont tribalisé le Gabon. Car ils étaient conscients de leurs limites. Ils ont insufflé aux gabonais une culture du moindre effort où seul le piston compte.

Au Cameroun, sous Ahidjo, ce fut Ayissi-Mvodo qui devait devenir Premier ministre en 1975. Il s’opposait donc à Paul Biya (Bi-Mvodo) un fang comme lui. Mais ce dernier a finalement gagné la bataille. Car il fut choisi par Amadou Ahidjo. En Guinée Equatoriale, la vie politique postcoloniale avait été marquée par le conflit entre Bonifacio Ondo Edou et Macias Nguema, le dernier avait fini par triompher au prix d’une répression sanguinaire. Il a géré le pays d’une main de fer. Il nomma ses parents partout dont ses deux neveux : l’un d’eux Theodoro Obiang Nguema Mbazogho fut nommé responsable des services secrets tortionnaire en chef puis ministre de la Défense. Cependant, les deux neveux conspirèrent contre leur oncle. L’affaire fuita et Macias réussit à arrêter l’un des frères et l’exécuta. Mais Obiang Nguema alerté réussit à fuir. Il lança donc un coup contre son oncle qui réussit à s’exfiltrer et se refugia dans la forêt pendant 15 jours. Il avait déjoué toutes les pourchasses. Il empoisonnait les ruisseaux avec une substance nocive en bon connaisseur de la forêt. Les militaires à sa poursuite s’abreuvaient ignorant que l’eau était empoisonnée. Ils mourraient en vrac. Sa cavale avait défrayé la chronique du quotidien L’union en Juillet 1979. Il avait finalement été pris. Puis jugé et exécuté par son propre neveu au cours d’un procès expéditif à huis-clos.

Macias Nguema avait une fillette qui étudiait en Corée du Nord au moment des faits. Mais malgré les décennies passées, elle vit toujours en exil en Espagne. Car Obiang-Nguema ne veut pas que sa petite-sœur rentre au pays. Une rancune tenace. C’est cet homme aussi cruel que certains « intellectuels » gabonais soutiennent.  Au Gabon Jean-Hilaire Aubame et Léon Mba se disputaient le leadership. En 2009 de nombreux caciques fangs du PDG sont restés fidèles au système. Le Premier ministre au moment de l’élection fut Paul Biyoghe Mba. Et pourtant il n’avait rien fait pour favoriser AMO. Ce qui ne se serait passé ailleurs.

A travers ces multiples exemples on voit bien que les groupes dominants une fois au pouvoir ne veulent pas céder. Un démocrate se définit aussi par cette capacité de céder le pouvoir en cas de défaite électorale. Quel que soit l’infortune politique. Ce genre de structuration ne se sont jamais produites au Gabon notamment avec les fangs. L’installation d’ABO avait pour but de maintenir les alliances des petites ethnies depuis les années 70 notamment les Mpongwés et les Galoas, fors des Nkomi qui étaient dans l’opposition au régime.

Ces petites ethnies sont obsédées par le retour d’un fang au pouvoir.

Une crainte irrationnelle. De plus ABO devait nettoyer tous les dossiers gênants et amadouer les compagnons de son père. Pourtant tous connaissaient ses limites. Mais ils pensaient pouvoir être les visiteurs du soir. Il se trouve que ce dernier les ayant vu ramper devant son père ne les tenait pas en haute estime. Il est curieux qu’AMO – l’un des rares politistes pures formés au Gabon – dont le mémoire s’intitulait « Le Gabon : une Dictature » puis la thèse « La Société politique au Gabon : contribution à l’étude de la nature patrimoniale du système politique gabonais » Connaissait parfaitement le système théoriquement et pratiquement de l’intérieur. Ait pu imaginer gagner une élection libre au Gabon. Car le Gabon n’a jamais été ni une démocratie ni une République libérale. C’est une dictature parfaite.

Les leaders de l’Union nationale (UN) au temps d’AMO.

Personne ne croyait que Mba Obame ferait aussi bien

Il convient de rappeler qu’il a bénéficié de son réseau télévisuel. Ce qui pose d’abord un problème d’éthique. Car nul ne peut être membre du gouvernement et avoir une presse privée. Il est fort probable que les reportages le concernant seront biaisés. Lorsque les journalistes de son groupe travaillent, parlaient-ils de leur patron ou du ministre ? Quand il était dans le système la ligne de la rédaction était proche du régime. Qu’avait-il dit lorsque les émetteurs de la radio de Marc Nan Nguema (Radio Fréquence Libre) ou la radio-télévision de Mba Abessole (Radio-Télé Liberté) avaient été détruits ? Le porte-parole du gouvernement de l’époque acceptait-il le fait que pour faire taire une rédaction libre il fallait l’arraisonner ? Mais dès qu’il quitta le bateau la chaine TV+ tourna casaque et vira sa cuti. Cet avantage lui a permis de séduire puis convaincre les gabonais. Mais comment aurait-il pu être déclaré vainqueur quand sa victoire signifiait la fin du régime Bongo ?

Comme tous les hommes politiques gabonais il était mal entouré. Considéré comme stratège, personne ne pouvait le contester. D’autant plus qu’il était docteur en sciences politiques. Les aventuriers qui l’entouraient ne pensaient pas large. Car quelqu’un qui veut remettre en cause 42 ans de règne d’une famille est en danger de mort. Le jeu politique est cruel et personne ne fera de cadeaux. Cette naïveté partisane lui a coûté la vie et au Gabon une alternative. Ceux qui étaient autour de lui jouaient double jeu. Et d’ailleurs d’aucuns ont même suggéré qu’AMO jouait la comédie et préparait le terrain pour ABO. Il n’est pas exagéré de dire que ceux qui l’ont anéanti étaient dans son camp. Il était risible d’entendre certains lui « souhaiter bon rétablissement » alors que ce ne furent que les larmes de crocodiles qu’ils versaient.

Les partisans d’AMO étaient en fait de jeunes opposants de vieille culture autoritaire du régime PDG.

Avec son cortège de couardise, de délation et d’opportunisme. Ils sont venus chez lui moins par conviction que par calcul. Le résultat n’était pas surprenant. Car quel que soit le mode de sélection et compte-tenu des configurations démographiques du Gabon, un candidat fang (ou soutenu par les fangs) sortira forcément en tête. Et dans une élection à un tour c’était probable. L’ironie fut que d’aucuns avaient attendu, le documentaire de Mr. Benquet et notamment le témoignage de Mr. De Bonnecorse – qui parlait en off mais ne savait pas qu’il était enregistré par une caméra privée – pour être convaincus de la victoire d’AMO. Et comme toujours au Gabon avec le complexe du colonisé, la parole du blanc demeure sacrée. La suite était gérée de manière désinvolte. La fonction présidentielle est une fonction suprême. Celui qui y aspire et qui finit par gagner doit assurer ses arrières.

AMO était condamné à mort dès l’annonce de sa candidature

AMO croyait nager avec des dauphins alors que c’étaient des requins. De fait la famille Bongo et leur entourage sont convaincus que le Gabon est leur propriété privée. Ainsi tous ceux qui sont censés travailler pour le Gabon travaillent en fait pour eux. Donc toute incartade est considérée comme une ingratitude et donc une trahison. Le cercle des confidents autour d’AMO devaient être réduits à 4 ou 5 personnes sûres. Et non une boum où n’importe qui avait accès au futur président.

La cupidité des gabonais est légendaire. Ils sont prêts à vendre leur mère pour des pépites. Ils sont repartis vers la maison mère-PDG. Ils ne suivaient AMO que pour l’argent et non par patriotisme. On aurait pu imaginer qu’il le savait. Par ailleurs les marges de manœuvre sont limitées. Les gabonais vivent depuis 53 ans sous le joug des Bongo-PDG. Ils ne sont plus exposés à la liberté. Car pour résister à un régime autoritaire il faut avoir une culture libérale qui permet de le démonter. Savoir ce que peut le pouvoir ou pas. Car dans l’équipe d’AMO c’était le seul à avoir de la bouteille. Ceux qui le « soutenaient » étaient des bénis oui oui qui le faisaient du bout des lèvres. Certains en mission commanditée par ABO. De petits jeunes Librevillois sans expérience historique et méconnaissant le Gabon profond.

Le champ politique gabonais se réduit à Libreville ce qui ne permet pas de construire une culture républicaine. Au niveau extérieur, il y a une méconnaissance des structurations idéologiques des pays tiers. Le tout n’est pas de dénoncer la France ou les grandes puissances. Encore faudrait-il savoir comment elles nous perçoivent. Le Gabon est considéré comme un pays stable dans un océan de tensions y compris en Afrique centrale. Cela tient à plusieurs facteurs. Mais les facteurs anthropologiques et historiques sont décisifs. Cela implique qu’aucune puissance ne forcera la main du régime pour fraude électorale. Et comme ils disent ce sont des « incidents de parcours ». Il faut une démonstration de force comme ce fut le cas lors du transfèrement de la dépouille d’AMO en 2015.

Un régime autoritaire ne peut avoir que des institutions autoritaires.

Il est naïf de croire que des institutions qui sont créées pour le système conduiront à sa perte. Il faut donc banaliser les situations africaines. Elles sont le produit de circonstances historiques et non des manifestations d’un déterminisme culturel ni de simples jeux impérialistes. Les pratiques sociales africaines sont si subreptices que les grilles d’analyses en vigueur ne permettent pas de les comprendre. L’échec d’AMO fut une défaite théorique qui s’est traduite sur le plan politique. Car qui peut croire que les gens qui étaient autour de lui, qui avaient servi OBO pendant 42 ans pouvaient se transformer du jour au lendemain en parangons de vertu ? Ce sont des situationnistes invétérés qui vivent au fil des régimes. De vraies girouettes Edgarfauriennes (Edgar Faure ancien président du Conseil sous la IVe puis ministre et serviteurs de tous les régimes). Et comme il le disait lui-même, « c’est le vent qui change de direction ». Car qui aurait pu imaginer qu’avec tout cet argent gagné en 60 ans, et avec tous ces cadres, le Gabon connaitrait cinq décennies piteuses. Ils ont privilégié leurs intérêts personnels en vendant le Gabon aux Bongo.

Les partisans d’AMO n’ont jamais poursuivi son combat

Ce qui prouve bien qu’il n’y a pas de suite idéologique dans les mobilisations. Les idées ne doivent pas disparaitre avec celui qui les incarnait. Depuis 2015, il n’y a pas eu de club « AMO ». Il en est de même pour l’éphémère AJEV, qui fut en fait une association de malfaiteurs ayant pris l’Etat d’assauts. Mais comme tous les bandits itinérants, ils y allaient pour le per diem. Mais une fois BLA éliminé plus personne pour reprendre le flambeau. Le château de cartes s’est effondré le temps d’un matin. Il convient de rappeler qu’un homme politique est un entrepreneur qui s’inscrit dans la durée. Il mobilise des ressources aussi bien matérielles qu’immatérielles qui devraient se transmettre de générations en générations.

Les adieux de la nation à un combattant tombé au front, les armes à la main.

Les ennemis d’AMO étaient au sein de l’Union Nationale

Et ils ont travaillé à sa perte politique et physique. Le maintien du système est plus sûr que l’incertitude du changement. 53 ans d’inerties ont créé des pesanteurs au détriment de l’évolution du pays. De fait, les gabonais ont la mémoire sélective. Ils ne se déplacent que pendant l’élection présidentielle. L’émergence de Jean Ping a coïncidé avec la chute d’AMO. Il était allé même rechercher son onction au Niger. Mais son virage à 180 degrés mérite une attention particulière. En effet, ancien cacique du Bongoïsme, il fut nommé en 1984 directeur de Cabinet Civil d’OBO avec Paul Biyoghe Mba comme adjoint. Son choix était certainement lié à ses origines. Car OBO ayant appris qu’il était, le petit-frère de maitre Pierre-Louis Agondjo Okawe et cousin de Joseph Rendjambé, OBO voulait – comme il l’a fait pendant son long règne – diviser une famille, dont certains membres furent ses principaux opposants. Même si Maitre Agondjo vendait ses services juridiques au régime. Et pourtant il était un théoricien du « matérialisme historique ». Il avait appliqué les concepts marxistes-léninistes à la situation gabonaise dans sa thèse (1975). Aussi comment un marxiste-léniniste passa du matérialisme historique au « progressisme démocratique et concerté ». Une question que l’on peut légitimement se poser. Cela dit, la réponse est dans les trajectoires des élites gabonaises surtout celles qui ont été animatrices de l’AGEG et de leur feuille de chou « L’Etudiant gabonais ». Ils furent des pisse-copies en France puis devinrent des pisse-copies d’OBO. Les partisans du « changement » en France sont devenus les partisans du statu quo une fois au bercail. La plus grande partie des Agegistes naguère contempteurs des « gardes chiourmes de l’impérialisme » comme Léon Mba sont devenus les gardes chiourmes du Bongoïsme. Les vrais architectes de l’autoritarisme. Il ne pouvait en être autrement.

Le cas Ping est un cas banal au Gabon. Tous ceux que vous voyiez en tenue du PDG étaient ses dénonciateurs. Mais ils prenaient leurs préjugés pour des convictions. Au Gabon les gens soutiennent quelqu’un et puis s’en éloignent sans jamais expliquer leurs positions. Mais cela exige une explication. La politique c’est aussi l’explication. Et l’explication suppose la cohérence. Malheureusement au Gabon, personne n’élève le débat. La situation du Gabon n’est pas un accident c’est la suite logique de ses versatilités, où dans un régime réduit à l’enrichissement la rigueur intellectuelle est un handicap, car il n’y a de choix qu’entre la compromission ou la déchéance sociale.

Aristide Mba (Chroniqueur au journal Le Mbandja

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