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Le manifeste des démocrates patriotiques : « Le Gabon en danger »

Au Gabon et partout en Afrique francophone, la violence politique semble prendre le dessus sur la démocratie. Les coups d’Etat sont-ils la solution ?

La présente publication a pour finalité d’inviter les Africains francophones, conscients de la désolation de leur continent et de la honte de leurs peuples, à un sursaut d’orgueil pour poser les jalons permettant de bâtir des sociétés où les conditions d’existence des populations seraient agréables et conformes à leurs aspirations vitales, des pays et des peuples responsables capables de créer des outils et des instruments matériels et immatériels robustes et durables à transmettre de génération en génération.

Le travail collectif et, surtout, la langue sont les deux données essentielles qui introduisent l’amour et la solidarité au sein d’une communauté humaine quand elles sont pratiquées par la quasi totalité de la population. Elles mobilisent le peuple pour entreprendre des réalisations patriotiques. Or, nos peuples sont composés d’une multitude de mini communautés ethno-linguistiques parlant chacune son dialecte. Et quand ils parlent la même langue locale, ils sont englués dans le chômage et la corruption.
En intégrant leurs économies dans le système des échanges marchands et des transactions monétaires, les pays francophones noirs n’ont pas réussi à créer des espaces de vie ayant une part d’autonomie dans un contexte caractérisé par la mondialisation des mouvements de circulation en masse et à grande vitesse des hommes et des biens. Paradoxalement, les biens circulent plus librement que les humains avec des documents standardisés et reconnus par les agents publics et privés de tous les pays. A la conquête des matières premières et des marchés, qui a été pendant longtemps à l’origine la cause de la concurrence, des crises et des affrontements internationaux, a succédé la conquête, la conservation et le contrôle des pouvoirs d’Etat par les nationaux de connivence avec les puissants Etats et organismes du monde civilisé.
Les événements politiques et sociaux survenus en Afrique francophone au cours des trois dernières décennies traduisent parfaitement le sens de l’évolution du monde francophone africain. Ce qui avait été proposé et retenu comme valeurs susceptibles de garantir les libertés individuelles, collectives et le progrès des peuples des pays noirs indépendants est progressivement remis brutalement en question par les puissants de la planète. Il se pourrait que plus les conditions de vie matérielle et sociale se dégradent, plus l’abstraction, à travers des pratiques occultes, spirituelles et religieuses, s’intensifie et plus la violence se développe en prenant des formes variées.

L’humanité est placée sous le règne de la violence

Les individus, les groupes, les collectivités et les institutions recourent à la violence pour s’affirmer ou pour maintenir leurs intérêts. Toutes les valeurs universelles conquises par les multiformes luttes des vaillants, braves et téméraires gens d’antan sont présentement rangées au compte de pertes. L’égalité, la liberté, la fraternité, la démocratie et la souveraineté ont disparu des références aux valeurs universelles voulues par l’ensemble des peuples et davantage par les peuples noirs qui sont les plus faibles, les plus vulnérables et qui sont poussés à l’immobilisme, voire à la disparition. Il se dégage d’une rapide visualisation des équipements militaires des Etats forts d’Europe, d’Amérique et d’Asie des sentiments de tristesse, de honte, de pitié et d’incompréhension. Comment l’humanité peut-elle choisir de dépenser autant d’argent pour la sophistication des moyens de violence destinés, non point à tuer de féroces animaux sauvages, mais à assassiner l’Homme ? Le monde est fou et en voie de perdition, d’auto-destruction.
Les êtres qui sont supposés aptes à conduire le destin des citoyens, parce que porteurs de valeurs élevées pour exercer le pouvoir, sont hélas les premiers à démontrer l’abaissement et la dégénérescence du genre humain. Le mode d’exercice du pouvoir d’Etat en Afrique confirme cette dévalorisation des hommes. Parvenus au sommet du pouvoir par la violence sous forme de fraude ou de violation de la loi et des règles, les dirigeants des Etats, toutes catégories confondues (diplômés, intellectuels, militaires, analphabètes) font fi des stipulations, des modalités et des procédures qui régissent l’accession au sommet des institutions républicaines, la pratique de l’autorité et la fin de l’exercice du pouvoir d’Etat.
L’adoption et la généralisation du suffrage universel dans de nombreux pays du monde ont fait des habitants les dépositaires de tous les pouvoirs qu’ils confient à un et/ou à plusieurs citoyens de leur choix : chef de l’Etat, parlementaires, élus locaux, etc. Ce transfert du pouvoir à un petit groupe de femmes et d’hommes obéit aux règles applicables à tous les postulants aux fonctions électives. Lorsque le processus qui doit conduire au progrès d’une société et au développement d’un pays est l’œuvre des tiers, il n’impacte que rarement et imparfaitement le milieu humain où il doit être appliqué. Les schémas et les montages socio-économiques, politico institutionnels et administratifs qui sont élaborés ailleurs sont plaqués dans les pays concernés sans prendre en considération des réalités endogènes. Aussi, les outils, les instruments, les moyens et le mode de fonctionnement des Etats francophones se fondent sur le modèle français sans effets positifs.
Les indépendances gaullistes avaient pour portée historique de placer légalement, internationalement et durablement l’Afrique sous tutelle étrangère. Les Africains sont tributaires et formatés par l’Occident, dont la France, dans tous les secteurs et domaines publics ou privés : civil, militaire, intellectuel, scientifique, théorique ou technique… économique, politique, juridique, culturel, sociologique, religieux, philosophique, alimentaire, etc., etc…
Les activités des Etats sont conduites dans le cadre de ce qui est qualifié de Communauté internationale qui est composée de plusieurs organisations dont certaines sont africaines. Cette communauté se réclame des valeurs universelles dont la liberté, la démocratie, la paix et la justice qu’elle exporte pour les insérer dans les autres pays, parfois avec violence : Iran, Lybie, Afghanistan, Côte d’Ivoire, etc. Partisans de la liberté, du droit et de la paix, la Communauté internationale, en véritable gendarme de la planète, met l’accent sur le respect des valeurs citées ci-dessus qui doivent régir la vie des peuples en sécurité. Il s’est trouvé que, dans certains pays, ces valeurs ont souvent été remises en cause ou violées sans que le gendarme ne sanctionne les fautifs.
C’est dans le domaine politique du continent africain que la contradiction entre l’exigence et le laxisme se manifeste par l’absence de sanctions internationales ou par un interventionnisme brutal dans les pays où les dirigeants sont réputés être des dictateurs… Le système de « deux poids deux mesures » pour imposer la paix dans le monde conduit à des abus de toutes natures sur le continent noir. Un jour, un dirigeant africain est dit démocrate, le lendemain il devient autocrate. Un autre est dictateur aujourd’hui, demain il est encensé par la Communauté internationale ou certains de ses membres. Comprenne qui pourra !

Démocratie politique, pouvoir d’Etat et contradictions de la Communauté internationale

C’est ici le domaine où se concentrent toute l’hypocrisie, tout le mépris, tous les mensonges et toutes les humiliations du monde civilisé à l’égard des pays et des peuples africains. Les Etats libéraux de la Communauté internationale ont clairement défini la voie, les principes et les modalités pratiques à suivre pour organiser, structurer et fortifier les Etats noirs qu’ils ont intégrés dans leur armature politique, socio-économique et juridico-institutionnelle. Ce sont, entre autres : la République et l’Etat de droit, la justice, la sécurité, l’éducation et la santé pour tous ; le suffrage universel et la souveraineté des peuples, la liberté d’expression, dont celle des choix électoraux par le vote citoyen pour permettre l’alternance du pouvoir au sommet de l’Etat.
Toutes ces valeurs ont été transcrites dans la Constitution qui est communément considérée comme le cadre juridique suprême, la mère des lois, rendue imprescriptible par ses auteurs et dont le fondement est de certifier les droits fondamentaux des citoyens et ordonnancer la séparation des pouvoirs étatiques. Si la Constitution est sacrée pour les gouvernants occidentaux, pour les chefs des pays africains francophones, c’est un véritable chiffon. Elle est manipulée, violée, réécrite à volonté. C’est à croire que ces valeurs sociétales (liberté, justice, démocratie, loi, souveraineté, élection), qui se déclinent au féminin, relèvent de la prostitution et manquent de virilité en Afrique ; contrairement à Etat qui est masculin et qui est l’instrument que le pouvoir politique utilise pour asseoir son diktat malgré l’occupation, de plus en plus courante, de hautes fonctions par les femmes dans les pays africains.
Après près de 50 années d’indépendances, les présidents africains francophones ont démontré au monde entier que leur continent n’est pas concerné par les offres positives qui viennent d’ailleurs et qu’ils ne sont pas capables de les adapter dans leurs sociétés.

La Constitution en Afrique, l’Etat de droit et l’armée

Timidement, sans conviction et assurance, les intellectuels africains gouvernants et ceux de l’opposition psalmodient la démocratie en répétant qu’ils vivent dans des Etats de droit. L’Etat de droit c’est l’application sans failles, à égalité pour tous, de la loi, de la Constitution et des règles morales. L’irrespect et l’inapplication de la loi font le lit de la force et de la violence. Quand survient une situation de ce type, des voix s’élèvent pour rappeler, du bout des lèvres, les dispositions légales.
Or, aucune parole, aucune sanction, aucun embargo, aucune recommandation ou résolution ne valent devant la violence. La Constitution, la République et l’Etat de droit disparaissent devant les armes. Et le groupe de citoyens qui a pour profession leur maniement se substitue progressivement aux peuples pour devenir les acteurs obligés de l’alternance au sommet des Etats. Formés dans des écoles françaises, ces gens d’armes sont parfois considérés comme un mal bienfaisant pour les peuples noirs et les Occidentaux. L’irruption des militaires dans l’arène politique par coups d’Etat est devenue le moyen pour dégager les présidents qui ont pour projet de mourir au pouvoir. L’irrespect de la loi conduit forcément non seulement à la dévalorisation des processus électoraux et de la limitation des mandats présidentiels, mais aussi et surtout au blocage des changements démocratiques des dirigeants des Etats noirs. L’alternance politique est la problématique capitale en Afrique noire. Elle est intimement liée au respect ou pas des dispositions constitutionnelles.
La violation de la loi, doublée du mépris du bulletin de vote, donne aux détenteurs des armes l’occasion de s’en servir et de se substituer à la souveraineté du peuple. Rarement, après un coup d’Etat militaire, les soldats confient la direction du pays à un civil pour gérer une éventuelle transition.

Elections présidentielles : fraudes électorales et violation de la loi

La légalisation de la fraude électorale prend diverses formes dont six sont spectaculaires et mettent en évidence l’action des organismes étatiques, à savoir :
1- la commission électorale : ses responsables valident les dossiers de candidature inéligibles sans tenir compte des exigences et obligations légales en la matière (durée de séjour dans le pays, état de santé et des documents relatifs à l’état civil, dont la nationalité) ;
2- le ministère de l’Intérieur : il confectionne presque toujours incorrectement la liste électorale à l’approche des votes ; liste qui comporte souvent des doublons (personnes décédées, mineurs…) et l’absence des noms de certains électeurs ou de leur carte de vote ;
3- l’organisme de régularisation de la communication : les affiches et photos-posters du candidat du pouvoir occupent abusivement les panneaux et autres espaces publicitaires au détriment des autres concurrents. De plus, ce candidat dispose des moyens de l’Etat ;
4- la commission électorale et l’armée : lors de l’établissement des procès-verbaux et leur acheminement, les représentants du pouvoir soudoient dans les bureaux de vote les assesseurs des candidats de l’opposition et bourrent parfois les urnes avec la complicité des forces de l’ordre ;
5- le ministère de l’Intérieur : il proclame les résultats des votes en validant les tricheries précédentes ;
6- la cour ou le conseil constitutionnels : après l’examen et le traitement des recours contentieux, le processus du vote prend fin. Il est immédiatement suivi de l’officialisation définitive des résultats qui couronnent la fraude électorale.

Guy Nang Bekale

 

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