Input your search keywords and press Enter.

Violence politique au Gabon et événements d’Okondja : le regard de Paul Mba-Abessole

Figure émérite et emblématique de l’opposition gabonaise, le père Paul Mba Abessole, jetant un regard froid sur les bricoles politiques de d’Alexandre Barro Chambrier dans le Haut-Ogooué, se remémore de l’expérience amère qui fut la sienne en ce qui concerne la violence politique au Gabon, en commençant par cette province.

Lecture !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt, la réaction de Jean-François Ntoutoume Emane, ancien Premier ministre et des autres par rapport aux déboires subis par Alexandre Barro Chambrier, lors de sa dernière tournée politique à Okondja. Je suis entièrement d’accord avec tout ce que les uns et les autres ont dit. Chacun, à sa manière, nous a rappelé notre devoir d’hospitalité, base de la civilisation de nos ancêtres.

Mais n’oublions pas que nous devons enseigner aujourd’hui à nos enfants ce que nous voudrions qu’ils soient demain. Ce que nous n’avons pas fait hier nous rattrape aujourd’hui ; ce que nous ne faisons pas aujourd’hui nous rattrapera demain.

Ce qui s’est passé à Okondja n’est pas nouveau. Je rappelle que j’ai été dans le passé, victime des comportements analogues, à :

  • Franceville,
  • Mouila,
  • Dibwangui,
  • Lebamba,
  • Moabi,
  • Tchibanga,
  • Oyem, Bitam.

Franceville.

C’est à Franceville que j’ai fait ma première expérience de la lapidation au grand silence de tout le monde. Certains, à  cette époque, m’avaient même accusé de provocation. Accusation dont je n’avais pas compris le bien-fondé. Pour eux, je n’avais rien à faire à Franceville ; ce n’était pas chez moi. On ne pouvait parler de politique que dans une localité dont est natif. Vraiment !!

Mouila.

A Mouila, les responsables politiques m’avaient fait savoir qu’ils ne voulaient pas que je tienne un meeting dans cette ville. Je leur ai fait dire que si Mouila était une ville du Gabon, j’y tiendrais un meeting. La même consigne avait été donnée partout dans la Ngounié.

C’est ainsi qu’on avait recruté un de groupe de Bwiti Apindji pour perturber mon meeting par des chants tribalistes, des bruits de tam-tam et de casseroles. Je me suis donc trouvé face à ce groupe et ai mis ma sono au plus fort de sa puissance pour couvrir leur tintamarre.

Mon discours avait duré à peu près une heure et demie. A la fin, j’ai un mal de tête comme jamais. Je pris le risque de n’en parler à personne pour ne pas provoquer d’autres problèmes. La pensée que j’allais rencontrer la même résistance par la suite m’obsédait. Mais j’éloignai de moi toute idée de rebrousser chemin. Il fallait aller jusqu’au bout de ma mission. Je devais parler, le lendemain à Lebamba, devant une foule qu’on avait monté contre moi.

Lebamba.

Dans cette localité, un natif, avec qui je me suis réconcilié depuis, était déterminé à ne pas me permettre d’y tenir un meeting. C’est ainsi qu’avant l’heure de la rencontre j’avais demandé à ma sécurité d’être vigilante. De ce côté, avec le Général Eyeghe (+), je n’avais aucune inquiétude. Il maitrisait parfaitement le terrain. Effectivement, ma sécurité avait neutralisé un groupe de voyous armés de bâtons qui voulaient venir nous perturber.

Un incident eut lieu cependant, pendant le meeting. J’étais en train de parler lorsqu’un individu s’avança vers moi, tenant un couteau dégainé. Mais, en une fraction de seconde, il fut neutralisé par ma sécurité. Puis, le meeting se termina dans le calme et nous avions pris la route vers Dibwangui. Je signale que, chemin faisant, nous avons trouvé quelques arbustes abattus pour nous barrer la route. Et nous arrivâmes sans encombre à Mouila où j’ai été logé à l’hôtel du Lac Bleu.

Moabi.

Les incidents de Moabi eurent lieu après ma séparation politique d’avec le Professeur Pierre André Kombila-Koumba. Ce dernier avait décidé d’être candidat à son propre compte. C’était en 1998. Il avait pensé que je voulais le tenir éternellement sous mon ombre. Je n’en ai pas fait une montagne. Mais, pour moi, il pouvait parler où il voulait, chez moi à Kango,  ou à Ayeme-Agoula. Mais je ne m’imaginais pas qu’il avait passé la consigne à Tchibanga et à Moabi, chez lui, de ne pas me laisser tenir un meeting.

Je forçai quand même dans cette localité. Il n’y eut pas grand monde à participer à cette manifestation. A ma prise de parole, un groupe à me lancer des quolibets comme ceux-ci : « Mba-Abessole va chez toi en pays fang, ici c’est chez Kombila ! Mba-Abessole, ça suffit… !!! » C’est ainsi que n’arrivant à prononcer une seule phrase, je décidai de tout arrêter et de me diriger vers Tchibanga. Nos voitures furent lapidées. Le pare-brise arrière de la voiture du Sénateur Mba-Essone vola en éclats.

Tchibanga.

J’avais cru qu’à Tchibanga je ne rencontrerais pas autant d’hostilité qu’à Moabi. Mais le terrain y était vraiment miné. Ebè-Bengone, notre zélateur, fut pris à parti par un groupe qui lui arracha notre belle sono. Je ne pouvais tenir un meeting. C’est en faisant un petit tour de ville que je rencontrai Patrice Nziengui (+) ayant à bord de sa voiture Mgr Basile Mve-Engone. Comment fallait-il interpréter ce fait ? Je gardai le silence. Et je demandai à mes gens de quitter la ville, sans deviner qu’un groupe de voyous nous attendait à la sortie où nous avons été copieusement arrosés de cailloux.

Port-Gentil.

En 2005, lors de la campagne présidentielle, le RPG avait choisi de soutenir Omar Bongo-Ondimba. C’est ainsi que je me suis rendu à Port-Gentil pour soutenir mon candidat. Je devais prendre la parole en sa faveur. A peine commencé à parler qu’un groupe organisé se mit à me huer. Je me tus et allai m’asseoir. Mais, par la suite, j’ai su qui avait monté ce groupe contre moi. Je peux citer des noms.

Oyem.

Oyem aux mille visages ! Difficile à comprendre. J’ai parcouru à pieds le département du Woleu dont Oyem est le chef-lieu. J’y ai appris ce que c’est l’homme. Complexité finie-infinie. Et le fang !!!

J’ai vécu à Oyem un fait insolite. J’ai été hué par un natif de cette ville, Jimmy Ondo. Pendant que je tenais un discours de campagne à la place de l’Indépendance, Jimmy perché sur un mur, face à moi, proférait des injures, des impertinences contre moi. Il disait, par exemple, que les « mekè me nkoma » étaient des traitres. Jean-Hilaire Aubame avait trahi le Woleu-Ntem. Si toi, Mba-Abessole, tu veux faire la politique, tu n’as qu’aller la faire chez toi à Kango ou à Libreville, dans l’Estuaire ». On peut deviner à quelle épreuve mes nerfs ont été soumis. Je ne pouvais pas m’attendre à cela à Oyem où j’avais travaillé avec toute l’énergie de ma jeunesse. J’y ai enseigné au Séminaire Saint Kisito et prêché l’Evangile. Comment pouvais-je ainsi y être traité ? Mystère.

Bitam.

Avant mon arrivée dans cette ville, les pédégistes de la ville avaient donné des consignes que toutes les portes, y compris les hôtels, devaient m’être fermées. Ainsi fut fait ; Ni mes frères de tribu Essabègne, ni mes oncles Effack n’ont eu un égard pour notre communauté de sang. Fort heureusement une famille Haoussa m’a offert où reposer la tête.

Quelques réflexions pour ne pas conclure.

En vivant ma première expérience politique à Franceville, dans le Haut-Ogooué, j’avais pensé, sans le confier à personne, que j’étais victime du tribalisme. Mais, en y regardant de plus près, je me suis rendu compte qu’il s’agissait là plutôt de manifestations de l’obscurantisme dans lequel patauge notre pays jusqu’aujourd’hui. L’exemple du Woleu-Ntem soi-disant bastion fang m’a confirmé dans cette analyse. Finalement, je sais maintenant que le Woleu-Ntem obscurantiste a toujours été en première ligne pour me dénigrer, aussi bien dans le domaine politique que religieux.

Par contre, j’ai vécu une autre expérience dans l’Ogooué-Lolo. Je n’ai jamais fait face à de tels comportements dans cette province. Je rappelle que, dans l’Ogooué-Lolo, il n’y avait qu’un fang nommé Meviane, originaire de l’Estuaire. Il habitait à Lastourville. J’ignore s’il vit encore. Le reste des habitants est composé des :

  • Ndziébi,
  • Massango,
  • Adouma,
  • Pouvi,
  • Akélé
  • Bakota
  • Ndassa, etc…

Quand j’arrivais à :

  • Lastourville, je dormais et mangeais à l’hôtel de Guy Mouvagha ou chez Paulette Missambo ;
  • Koulamoutou, j’étais logé chez les Sœurs et je mangeais chez Jean Massima (+) ou chez Fidèle Magnaga
  • Matsatsa et Mambouété, je me suis toujours senti chez moi.

Extraordinaire !!!!!

Qu’on me permettre d’ouvrir ici une fenêtre politique. Je veux dire que,  par rapport à me souffrances, personnes n’avait réagi pour dire que le Gabon était un et indivisible et que chaque gabonais pouvait librement émettre son point de vue politique partout au Gabon, à condition de le faire en dehors de toute forme de violence. Pas plus à cette époque que maintenant on n’a enregistré une réaction d’une autorité politique : Ministre, Gouverneur, Député, Préfet, Sous-préfet. C’est à mes yeux, lamentable. On s’attendait à un rappel à l’ordre, pas à des réactions des individus  qui d’ailleurs se sont contentés de condamner sans indiquer la voie à suivre.

Ce que nous avons vécu en 1990, en 1993 et en 1998 de négatif, si nous ne l’avons pas dénoncé, nous rattrapera, cette fois-ci. Si nous ne dénonçons pas les travers présents, ils nous rattraperont dans quelques années. Indiquons clairement à nos enfants aujourd’hui ce que nous voudrions qu’ils soient. SI tu veux la paix, prépare-là dès cet instant !

Fait à Libreville, le 29 Août 2021

Paul Mba-Abessole.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.