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Libre propos/Scandale financier au sein de la filiale congolaise de la BGFI Bank : Une lessiveuse

Depuis le 19 novembre 2021, un consortium de journaux et ONG révèle le détournement de 138 millions de dollars par l’ancien président Joseph Kabila Kabange et ses proches.  

L’enfant d’un serpent est un serpent

La très puissante et africaine Banque Gabonaise et Française Internationale (BGFI) renfermerait les gènes hérités de sa double filiation. La première proviendrait de la Banque Française Intercontinentale (FIBA), très marquée « franç’afric », dont s’était débarrassée la société pétrolière française Total, en absorbant sa consœur Elf (électricité et lubrifiant de France) qui en était propriétaire. Crachoir des liquidités, FIBA accordait aux Etats des préfinancements pétroliers et servait également de guichet pour le paiement des coups tordus de Franc Afrique et des factures « des trafiquants d’armes ». Le président Omar Bongo Ondimba et trois de ses enfants détenaient 51% de son capital.

A la dissolution de ladite banque, la famille Bongo Ondimba monta en puissance dans le groupe BGFI qui hérita à Paris d’une partie de ses bureaux et de sa clientèle. Elle en fit autant à Brazzaville où ses rênes demeurent entre les mains du neveu de Sassou Nguesso, par ailleurs son conseiller spécial et patron « des grandes oreilles ».

La seconde filiation viendrait du groupe BGFI, aux origines franco-gabonaises, connecté aux familles présidentielles de Libreville et de Brazzaville. D’abord filiale gabonaise de la Banque de Paris et des Pays-Bas, elle devient Paribas Gabon en 1982. Dans les années 1990, elle est rebaptisée Banque Gabonaise Française Internationale (BGFI). Dans son ventre loge la quasi-totalité des entrées, de toutes natures, destinées à l’Etat gabonais, lesquelles rendraient son bilan inégalable. Arrière-petite-fille de FIBA spécialiste des coups tordus, la Banque Gabonaise et Française Internationale (BGFI), issue d’une telle lignée, ne renfermerait difficilement les caractères requis de vertus. L’enfant d’un serpent est un serpent.

Une large opinion gabonaise en particulier et africaine général la suspecterait d’être le centre névralgique du blanchiment de l’argent sale et de la corruption de l’élite politique par la dictature la plus sévère du continent, voire du monde. Le déploiement continental de ses agences en dit long. Au Cameroun de Paul Biya, en Guinée Equatoriale de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo Biyogo, au Congo de Denis Sassou Nguesso et au Congo Démocratique de Joseph Kabila Kabange renforce cette suspicion. C’est dans ce sens que sa filière de la RDC est pointée du doigt par une enquête portant sur les détournements d’argent publics et le blanchiment du magot malhonnêtement acquis. Le patron inamovible de cette institution clame l’innocence de sa boîte tout en acceptant de « convenir sur les modalités pratiques de remboursement de 43 millions de dollars prélevés par BGFI dans le compte de la banque centrale du Congo ». Il faut avoir la foi pour obtenir un consensus omnium de justifier une réponse aussi ambigüe : Qui a pris ? C’est moi ; qui n’a pas pris ? C’est encore moi. Cette posture ruine son caractère de banque sérieuse.

Sont pris qui croyaient prendre.

Les missions régaliennes d’une banque consistent à recevoir, conserver, payer, emprunter et prêter des capitaux sous forme de monnaie. A côté de ces prérogatives régaliennes, les potentats petro-landais francophones de la sous-région de l’Afrique centrale, Omar Bongo Ondimba et Denis Sassou Nguesso, en font une arme contre leurs adversaires. Le dernier sur leur ligne de mire fut jeune kleptomane futé, Joseph Kabila Kabange. Dommage pour eux. D’un uppercut violent il les esquinta et démoli leur outil… Sont pris qui croyaient prendre.

En effet, l’enquête « Hold-up », des médias internationaux et des ONG qui ont jeté le filet sur la filiale du Groupe BGFI en République Démocratique du Congo (RDC), aurait obéi au projet inavoué du couple  franç’afric gabono-congolais, potentats pétro-landais francophones de la sous-région. Agacés de voir le fils de Laurent-Désiré Kabila, paraître blanc comme neige alors que, comme eux, son insolente fortune provenait « en partie de la corruption et du détournement des fonds publics », il fallait donc le sevrer de son apparente virginité.

Dans son for intérieur, le moustachu de Libreville, à la rancune tenace, même pour des futilités, trouvait là, l’occasion d’assouvir sa vengeance. Au cours des manœuvres de sauvetage stériles visant le maintien de Mobutu au pouvoir, sous la direction de Nelson Mandela, Laurent-Désiré Kabila lui aurait manqué d’égards. En plus, il manifestait peu d’intérêt à sa personne et à son rôle autoproclamé de Doyen des chefs d’Etats de l’Afrique. Leurs relations bilatérales se limitèrent à la visite nocturne, de quelques heures de Laurent-Désiré Kabila, à Libreville, à la tête d’une imposante délégation comprenant notamment des membres du gouvernement, des députés, des artistes, des journalistes. Il importait donc pour lui de soumettre, coûte que coûte, son héritier Joseph Kabila.

Le coup de pouce à Kabila

D’énormes largesses de BGFI-RDC inondèrent la famille Kabila. En effet, tel père Noël, la banque surprit la styliste Gloria Mteyu, jeune sœur de l’ex-président, par un paquet d’actions gratuites représentant 40% de son capital. Francis Selemani Mtwale, frère adoptif de Kabila, se réveilla un matin, enfoncé dans le marocain de Directeur général. Pris de vertige, les proches de l’ancien président en profitèrent pour l’armer. Ils débordèrent de créativité et d’inventivité. Ils abonnèrent la banque aux fausses factures, aux jeux d’écritures comptables douteuses, aux transactions antidatées et aux sociétés-écrans. Et, Joseph Kabila braqua tranquillement l’Etat congolais. Telle la mort qui lève le nez au ciel pour renifler l’odeur des cadavres à venir, celui-ci dénichait le magot partout : institutions et entreprises publiques, banque centrale, société minière (Gécamines), Assemblée nationale, Commission électorale, Nations-Unies, société des transports et des ports, fonds d’entretien routier alors que le pays manque cruellement de routes.

En cinq ans, il siphonna, au bas mot, cent trente-huit millions dollars US (138 millions de $ US) des caisses de l’Etat. Il accéléra le rythme pendant les deux ans au cours desquels il manœuvrait pour se maintenir au pouvoir. Sa coquille, Sud Oil, logée dans un garage, curieusement gérée par Francis Selemani s’empara pendant cette période de la coquette somme de soixante-six millions de dollars US (66 millions de $ US) d’argent public.

En la matière, Mobutu Sese Seko, dont Joseph Kabila paraissait admirer les prouesses, ne fut qu’un vulgaire apprenti ! un enfant de chœur. Son vaste programme d’inféodation généralisée dont la mise en œuvre l’amenait à racketter les mines de cuivre, cobalt, uranium, or, diamant, bois, …, l’aide internationale, le pays lui-même, en le cédant au plus offrant en matabiches (bakchichs) rapportait, comparativement à la razzia de Joseph Kabila, un simple pourboire.

La RDC en coupes réglées

A l’opposé de son idole, l’ex-président ne s’encombrait pas de ses frasques. Il fuyait les marabouts et les éminences grises comme de la peste. Il abhorrait la multiplicité des services de sécurité ainsi que disposer d’une cour inénarrable de serviteurs zélés servant d’intendants. Il privilégiait les opérations en famille qui d’ailleurs permirent à la fratrie de s’emparer des participations dans soixante-dix sociétés. Ses membres y sont, pour la plupart, majoritaires. La famille essaima ainsi dans tous les secteurs : banque, agriculture, extraction (en disposant, dans le pays, de cent vingt permis d’or, de diamant, de cuivre, de cobalt), tourisme…Le nom de Kabila n’apparaissant que dans deux sociétés qui exploitent sept-cents kilomètres de terrain diamantifère le long de la frontière angolaise.

Avec une fortune estimée à plusieurs centaines de millions de dollars américains, plutôt quinze milliards de dollars américains selon Forbes en 2016, logée dans des paradis fiscaux britanniques, le fils de l’ancien maquisard, arrivé à Kinshasa dans les bagages de son père, quasi dépenaillé, bottes de jardinier, kalachnikov en bandoulière se hissa, sans raison, à la sixième place des chefs d’état africains les plus riches et honorait le Congo du sixième rang mondial des pays les plus pauvres

Une banque mafieuse

Le duo familial Bongo Ondimba-Sassou Nguesso jubilait encore d’avoir mis au jour la kleptomanie de Joseph Kabila qu’ils déchantèrent. Le sphinx de Kingakati, nom de sa ferme de Joseph Kabila dans la région de Kinshasa, montra au monde entier, à l’aide des virements opérés par la filiale congolaise de BGFI et validés par celle de Paris, que la puissante banque gabonaise était une lessiveuse. Les mollasses dénégations de son indécrottable Directeur général à Libreville eurent l’heur de le confirmer implicitement. Elles renforcèrent, à l’occasion, le jugement du responsable de l’Inspection Générale des Finances du Congo, Jules Alingete, qui, à la suite de ses enquêtes déclara : « pour moi, BGFI est une banque mafieuse ».

La clameur publique se ferait l’écho d’une extraordinaire générosité de BGFI à l’endroit de l’Etat gabonais. Elle se prévaudrait de donner des petits coups de pouce à l’Etat, avec l’argent de l’Etat, dans le cadre de certaines opérations comme le remboursement, de la Taxe à la Valeur Ajoutée (TVA) à l’initiative d’un certain Club de Libreville. Pourvu que ça dur !

La diversification des domiciliations des recettes de l’Etat, susurrée à un moment donné, resurgirait. La reprise de la Banque Internationale pour le Commerce et l’industrie du Gabon (BICIG), par M. Kone Dossongui donnerait des idées dans les allées du pouvoir où il se dirait, avec force, qu’il est déconseillé de mettre tous les œufs dans le même panier.

Beauty Nana BAKITA MOUSSAVOU

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