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Visio-conférence du Pr Ondo Ossa avec la diaspora gabonaise : Les relations entre la France et le Gabon en débat

Le Pr Albert Ondo Ondo Ossa a animé une visio-conférence le vendredi 18 juin 2021 dernier avec certains acteurs de la diaspora, dont le Dr Jean Aimé Mouketou (Canada), le Dr Daniel Mengara (USA), Pierre Guyomard (France) et au Gabon avec Mme Emmanuelle Nguema Minko et M. Emmanuel Obame Ondo. Thème de la visio-conférence : « Les relations entre le Gabon et la France dans un monde multipolaire ».

Dans son propos préliminaire, le Pr Ondo Ossa a dit : « Je suis conscient du fait que la diaspora gabonaise est riche, très riche même, et diversifiée. Elle constitue, pour notre pays, un capital inestimable qui, malheureusement, n’est pas toujours exploitée à sa juste valeur par les hommes politiques de tous bords qui ne voient en elle qu’une force active au service des intérêts partisans et, qui plus est, manipulable à volonté. Je suis là, devant vous aujourd’hui, pour conférer avec des hommes mûrs, des fins contradicteurs et débatteurs, pour leur faire bénéficier de ma modeste expérience et, assurément, m’enrichir auprès d’eux ».
Tombant ensuite dans le sujet, l’animateur principal a qualifié le sujet de vaste, pour ne pas l’escamoter : « La complexité et l’étendue de tels problèmes nécessiteront certainement plusieurs rendez-vous entre nous. Aussi, ai-je choisi de consacrer celui d’aujourd’hui à la France et à la « françafrique » qui sont des sujets de grande préoccupation pour nos compatriotes. Ce qui m’oblige à ne pas les éluder, à ne pas louvoyer ni faire profil bas, comme le pensent certains, pour espérer être coopté par une obédience française qui me conduira à l’Elysée. Loin s’en faut. Je pose le problème de la France en homme libre et mûr, eu égard aux problèmes que rencontre notre pays, notamment ceux liés à son développement tel que je les comprends, les analyse et pense qu’ils devraient être réglés pour le plus grand bien de nos populations. Autrement dit, sans heurts ni fracas, sans bluff, sans duperie ni surenchère ».
Lors des débats qui étaient de très bonne facture, deux interventions, en lien avec le thème, ont particulièrement retenu notre attention. En réaction à une question qui lui a été posée sur les relations entre la France et le Gabon, le Pr Ondo Ossa a réagi en ces termes : « Ce que j’ai appris en politique publique ou en politique de l’économie, c’est qu’il faut :
1 – sérier les priorités ;
2 – fixer les objectifs ;
3 – développer des instruments et des outils pour atteindre les objectifs.
On ne peut pas tout faire à la fois. Ce n’est pas possible. Lorsque nous regardons notre peuple qui se plaint, est-ce que c’est à cause du Fcfa et autres ? Le peuple a faim. Il n’y a pas de routes, pas d’hôpitaux. Voilà ce que veut le peuple. Il n’y a pas d’école, pas d’université. Il n’y a rien. Un pays riche potentiellement qui est aujourd’hui relegué au rang de pays pauvre. Vous ne pouvez pas aller au-delà de 20 kilomètres de Libreville. Ce n’est pas possible. On laisse de côté ces problèmes pour parler de la France. Ce n’est pas la France qui nous demande de ne pas faire des routes. Ce n’est pas la France qui fait en sorte qu’on n’ait pas d’écoles. Du reste, les accords avec la France, nous les avons depuis 1960. Pourquoi nous, qui avons fait des études, avons eu des bourses dès le secondaire et aujourd’hui, ce n’est plus possible ? La population a augmenté, mais le pétrole aussi, en quantité et en prix. Où en sommes-nous ? Il vaut regarder les soucis qu’a le peuple. Et ces soucis se situent au niveau physiologique ; se nourrir, se vêtir, se déplacer. Se déplacer à Libreville aujourd’hui, c’est la croix et la bannière. Et en période de couvre-feu, c’est la désolation. Voilà les préoccupations de nos populations. C’est lorsque ces problèmes seront satisfaits que nous aurons le loisir de poser les autres problèmes en ce moment-là, en étant dans un minimum de confort, en scolarisant nos enfants, en nous soignant dans des hôpitaux acceptables.
A propos du Fcfa, je vais être très pratique. J’ai enseigné la monnaie pendant une vingtaine d’années. Et le sens qu’on donnait à une monnaie, c’est qu’elle est un voile. La monnaie est le reflet d’une économie, c’est un miroir. La question que je pose aux Gabonais aujourd’hui, qui en parlent, est celle-ci : lorsque vous allez-vous mirer et que vous constatez que vous êtes très vilain, est-ce que la solution c’est de casser le miroir ? Le Fcfa n’est qu’un miroir. Lorsque nous aurons une économie performante sur le plan international, lorsque nous aurons une économie compétitive qui, véritablement, aura les réserves solides, nous aurons alors à faire notre choix. Mais ce qu’on ne nous dit pas et qu’on ne veut pas comprendre, c’est que nous nous réjouissons à importer de l’extérieur parce qu’il y a le Fcfa. Je dis commençons par ce par quoi on doit commencer. C’est-à-dire avoir une économie performante et à partir de là tous les choix seront possibles. Mais ne partons pas sur la base de rien, au risque de tomber dans une monnaie qui n’en est pas une ».
Fonçant dans la brèche ouverte par le Pr Ondo Ossa, le Dr Daniel Mengara a parlé de « cécité historique ». Pour lui : « Nous sommes restés historiquement bloqués. Et ce blocage s’apparente un peu à ce qu’on peut appeler chez moi à une sorte de cécité historique. Autrement dit, pendant que le monde évolue, nous sommes en fait restés coincés sur la question française, au point d’oublier que le monde va vers la globalisation et vers la multipolarité qui, automatiquement, doivent nous conduire à embrasser les opportunités qui viennent avec. Donc, nous continuons à parler de la France comme si elle était restée le seul acteur de l’économie gabonaise et même africaine. On oublie, par exemple, qu’il y a des pays comme l’Inde, la Chine qui se sont infiltrés. En Afrique, il y a même un pays comme le Maroc qui s’infiltre économiquement chez nous et commence à dominer des pans entiers de notre économie. Et ce sont ces pays, à mon avis, qui vont maîtriser l’économie gabonaise de demain. Or, nous savons tous que la personne qui maîtrise l’économie finit toujours par maîtrise la politique et contrôler la politique d’un pays. La question française, pour moi, devient du hors sujet dans un monde globalisé. Dans un monde de plus en plus multipolaire ».
Sujet vaste à aborder avec lucidité et hauteur et non sous le prisme de l’émotion.
Gageons que d’autres intellectuels gabonais vont s’y engouffrer.

 

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