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Bilan de La Politique Nationale de L’emploi sous Ali BONGO ONDIMBA : Un Echec cuisant

Contexte historique :

Au moment où les tenants actuels du pouvoir tournent la ridicule page de «  Gabon Emergent » par les récentes décisions de nominations et la suppression de plusieurs établissements parapublics à caractère administratif, suite à l’accident vasculaire cérébral dont a été victime Ali BONGO ONDIMBA le 24 octobre 2018, confirmant de facto les doutes réels sur la capacité de ce dernier à assumer les lourdes charges de la fonction Présidentielle, il me parait judicieux de faire de manière progressive, le bilan des politiques mises en place par Ali BONGO ONDIMBA durant ces 10 années à la tête du pays.

Présentée comme l’une des principales priorités d’Ali BONGO ONDIMBA après son arrivée très contestée à la Présidence de la République Gabonaise en 2009, la politique nationale de l’emploi au Gabon, mise en œuvre par les différents gouvernements sous Ali BONGO ONDIMBA est un cuisant échec après 10 ans de gouvernance.

En effet, après un premier mandat catastrophique, marqué par un taux de chômage de près de 26% notamment chez les jeunes, Ali BONGO ONDIMBA, à la suite d’un nouveau « coup de force électoral en Aout 2016 », va initier le Plan de relance de l’économie (PRE) pour son second mandat.

Le chapitre 2 du Plan de relance de l’économie, prévoyait la création de 30 000 emplois entre 2017 et 2019, soit 10 000 emplois par an sur la période.

Il sied de préciser, que l’engagement de créer 10 000 emplois par an, aussi ambitieux qu’il puisse paraitre, était en réalité une révision à la baisse des engagements pris par Ali BONGO ONDIMBA en matière de création d’emplois, qui dans un discours solennel prononcé déjà en 2016 à la zone spéciale de Nkok dans la banlieue de Libreville, annonçait la création de 20 000 emplois par an.

Cette promesse vite oubliée, n’a jamais été réalisée à plus de 10%, d’où des chiffres qui traduisent un échec cuisant en matière de politique d’emploi au Gabon sous Ali BONGO ONDIMBA.

Des chiffres qui traduisent un échec cuisant :

Le Tableau de bord de l’économie gabonaise édition 2017 nous renseigne que le gouvernement n’est parvenu à créer que 653 emplois en 2015 avec une croissance économique de 3,3%, contre 517 emplois en 2016 avec une croissance économique de 2,3%.

En 2017, avec une croissance économique de 0,8% selon le FMI, le nombre d’emplois crées était inférieur à 500, c’est-à-dire moins de 20% de réalisation sur cette année.

Aussi, si l’on se base sur les chiffres de l’emploi tels que déclinés dans le même Tableau de bord de l’économie, il ressort qu’en 2017, le Gabon comptait 199 374 emplois, dont 108 150 dans le secteur public et 91 224 dans le secteur privé. Le secteur public demeurant le principal employeur du pays.

En 2018, pour faire face à la baisse des ressources publiques, le gouvernement gabonais a choisi d’appliquer un plan d’austérité dont l’une des mesures est le gel des embauches dans l’administration publique hors secteurs prioritaires à savoir l’éducation et la santé.

Ce plan «d ’austérité »  se traduit désormais et ce depuis le conseil des ministres illégal du 16 novembre 2018 présidée par le vice président Pierre Claver Maganga Moussavou,  par la suppression de plusieurs agences parapubliques mises en place par Ali BONGO ONDIMBA à son arrivée à la tête du pays, officiellement selon les tenants actuels du pouvoir, pour des raisons d’efficacité, de productivité et de clarification des compétences !

Parmi les agences supprimés on citera entre autre, l’Agence nationale de promotion artistique et culturelle (ANPAC), l’Agence nationale de sureté et sécurité nucléaire, l’Autorité de régulation des produits agricoles du Gabon (ARPAG), le Fonds forestier, la commission nationale de développement durable, l’Agence nationale des pêches et de l’Aquaculture, la Société nationale du logement social (SNLS), le Conseil gabonais des chargeurs, le Comité de privatisation etc.

La suppression de ces « établissements publics personnalisés » chers à la politique d’Ali BONGO ONDIMBA, a  pour conséquences la destruction de millier d’emplois.

L’hypothèse d’une création de 10 000 emplois nets par an, reviendrait alors, à faire porter les créations d’emplois annoncés quasi exclusivement au secteur privé.

Or, ce secteur est complètement sinistré, du fait d‘un environnement des affaires peu attractif, marqué par la fermeture de plusieurs entreprises notamment dans le secteur primaire et la sous-traitance pétrolière.

En outre, la mesure d’accompagnement annoncée pour favoriser les créations d’emplois à savoir l’exonération des charges sociales, n’a qu’un effet de levier limité sur les principaux secteurs qui structurent l’économie du Gabon.

C’est le cas dans le secteur primaire où la véritable variable d’ajustement des emplois est le prix  des matières premières à l’international.

Par ailleurs, l’un des secteurs sur lequel comptait le gouvernement pour parvenir à ses objectifs de création d’emplois était le secteur agricole.

Dans ce secteur, l’exonération des charges sociales pouvait avoir un impact sensible sur les politiques de recrutement des grands agriculteurs pour l’accroissement de la production.

A cet effet, la pro-activité et la multiplication des investissements du groupe OLAM en avait fait le premier employeur privé du Gabon avec près de 8000 salariés à travers le Gabon en 2015.

Toutefois, du fait de la révision à la baisse des prévisions de production dans les plantations de palmiers à huile et d’hévéa, OLAM connait depuis l’an 2017, un ralentissement de ses activités avec pour conséquence, la réduction des effectifs et la destruction de centaines d’emplois notamment dans la province de la Ngounié.

Par ailleurs, malgré un financement extérieur de près de 64 milliards de FCFA, le projet GRAINE n’a jamais atteint les objectifs qui lui était assigné.

En effet, lors de son lancement en 2014, Ali BONGO ONDIMBA avait défini les objectifs du dit projet à savoir :

  • Créer entre 15 000 et 20 000 emplois ;
  • Mettre en exploitation 200 000 hectares en 5 ans ;
  • Tracer 3000 km de pistes d’accès aux plantations ;
  • Autonomiser 30 000 familles grâces aux coopérations impliquées dans le projet.

A l’analyse, 5 ans plus tard, aucun de ces objectifs du projet GRAINE n’a été atteint comme la promesse de création de 10 000 emplois par an.

Ces chiffres traduisent l’absence de stratégies économiques ciblées des différents gouvernements d’Ali BONGO ONDIMBA.

Des stratégies qui doivent tenir compte de la spécificité de l’économie nationale, de la nature de la croissance si peu inclusive, du caractère structurant et dominant du secteur pétrolier sur les autres secteurs d’activités.

Quelques pistes de solutions pour réduire durablement le chômage au Gabon:

La création  massive et durable des emplois passe par la mise en place d’un écosystème assaini, entrainé par une croissance comprise entre 7 et 10 % dont plus de la moitié proviendrait des activités non pétrolières et expurgé des lourdeurs administratives qui caractérisent le fonctionnement de l’Etat gabonais aujourd’hui.

En effet, la politique de plein emploi passe par le développement d’un système de formation adapté aux exigences du marché et par la mise en place des mesures de reconversion et d’apprentissage (diversification de l’offre de formation).

Dans le cadre de l’insertion, des cycles de formation dans les secteurs à forte demande de main-d’œuvre doivent être mis en place.

En ce qui concerne la réinsertion, une démarche similaire doit être engagée en vue du recyclage dans les nouvelles technologies, et les secteurs dits émergents.

Le suivi strict de la scolarité des jeunes doit permettre la programmation de leur insertion dans la vie active.

Aussi, la politique de grands travaux doit être un puissant facteur de création d’emplois et de résorption du chômage, du fait de l’implication de nombreux corps de métiers dont la qualification stricte n’est pas nécessairement indispensable.

Par ailleurs, une reforme indispensable de l’Office national de l’emploi (ONE) permettra à cette structure d’aider à la création d’entreprises.

La création de l’entreprise gabonaise constitue un des impératifs pour que le Gabon dispose d’un potentiel de chefs d’entreprises et d’actionnaires nationaux susceptibles d’acquérir les actifs des sociétés d’état ou paras étatiques mis sur le marché, dans le cadre du renforcement du secteur privé suite au désengagement de l’Etat.

La mission d’aide à la création d’entreprise qui sera désormais dévolue à l’ONE, s’appuiera sur la charte des investissements et sur l’Agence Nationale de Promotion des Investissements (ANPI-Gabon), avec la nécessité de l’amélioration de l’environnement des affaires au Gabon.

Cette amélioration de l’environnement des affaires au Gabon, passe nécessairement par le rétablissement de la confiance des Nationaux dans leurs dirigeants et le rétablissement de la confiance des investisseurs étrangers dans la destination Gabon.

Mais comment y parvenir, sans solder le passif lié à la vérité des résultats de l’élection présidentielle d’Aout 2016, qui empoisonne la vie de la nation et qui bloque le fonctionnement de l’Etat à bien des égards ?

Mais comment y parvenir, sans la vérité sur la situation actuelle au sommet de l’Etat qui rend incertain l’avenir du Gabon ?

Mais comment y parvenir, sans le respect de l’ordre constitutionnel qui fait du Gabon aujourd’hui un pays de non Droits ?

*Diplômé de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université du Sahel au Sénégal

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