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Du malaise de l’Exécutif : Et maintenant on fait comment ?

Comme on le sait tous, depuis plusieurs semaines, des nombreuses rumeurs courent sur la santé du chef de l’Etat gabonais, Monsieur Ali Bongo Ondimba. Dans le meilleur des cas, ces rumeurs disent qu’il serait vivant mais sortira de cette phase avec plusieurs séquelles allant jusqu’à l’incapacité à continuer de gérer le pouvoir. Dans le pire des cas, ces rumeurs le donnent mort. D’où une pluie des sorties d’acteurs politiques qui supputent sur une éventuelle vacance de pouvoir.

* Guy Fernand Tonda

Je voudrais m’appesantir sur deux (2) de ces interventions qui ont été assorties de propositions, somme toute, discutables puisque œuvres humaines bien sûr : celle du cercle des notables de la République et, un peu avant lui, celle de Monsieur Richard Moulomba Mombo.
A la lecture, j’ai rejeté automatiquement toutes ces propositions parce qu’en tant qu’observateur de la vie politique de notre pays, j’ai toujours refusé d’en être acteur à cause des nombreux coups bas que génère ce milieu. Mais je demeure vigilant, sensible à la souffrance de mon voisin et, surtout, légaliste. Et du haut de mon ‘’légalisme’’, je me suis demandé comment des gens comme Paul Mba Abessole, pourtant instruit, ou Maître Louis Gaston Mayila, pourtant avocat et donc homme de loi, ou encore Richard Moulomba Mombo qui rassure et pour qui j’ai une certaine admiration depuis qu’il fut avec Pierre Mamboundou, comment ont-ils pu faire, ensemble ou séparément, des propositions qui sont toutes hors-la-loi ? Eux qui se doivent de défendre la loi. Pour moi, la loi, en particulier la Constitution, est là et il faut l’appliquer dans sa plénitude.
Seulement, voilà ! En décortiquant toutes les hypothèses possibles, relatives aux perspectives liées à la situation politique actuelle, en scrutant les avantages et inconvénients des unes et des autres, pour le peuple gabonais, j’ai commencé à douter de ma posture. Posture qui me réduit dans ma conviction politique, laquelle s’inscrit dans les pensées et les idéologies les plus radicales.

Donc dans l’hypothèse d’une vacance de pouvoir, il s’offre à nous trois (3) hypothèses d’école. Hypothèses que je me permets d’esquisser ici en termes d’avantages et d’inconvénients pour le peuple gabonais. Cela dit, la démonstration s’organise ainsi qu’il suit :
La première hypothèse est le ‘’coup d’Etat’’. Elle offre trois options qui donnent le même résultat a priori : la première option est celle d’un coup d’Etat militaire ordinaire, qui peut provenir des militaires ordinaires agacés par ce qui se passe et qui veulent profiter de la faiblesse du moment pour s’emparer du pouvoir. La deuxième option est celle d’un coup d’Etat de Palais, qui peut provenir des militaires et civils du Palais, qui ne veulent pas perdre les avantages à eux dévolus par le régime en disparition. Ce type de coup d’Etat est en général commandité par des civils du régime. La troisième option est celle d’un coup d’Etat institutionnel perpétré par les civils du régime qui ne veulent pas laisser s’échapper le pouvoir. Il est opéré par le biais de la manipulation des textes et des institutions. Et ces civils manipuleraient également l’armée pour le maintien de l’ordre et pour mâter en cas de nécessité. Cette hypothèse n’offre aucun avantage au peuple si ce n’est mettre fin aux tergiversations et abréger le suspens. Par contre, les inconvénients sont nombreux. C’est une solution brutale et hors-la-loi. Cette solution peut entrainer des morts. Cette solution peut amener une dictature plus féroce que la précédente. Cette solution peut installer un régime militaire et, en général, l’issue d’une telle solution est peu maîtrisable par le peuple et les acteurs politiques, car elle appartient aux seuls putschistes qui peuvent décider de tout, y compris d’éliminer politiquement ou physiquement les personnes les plus gênantes dans leur élan. Même le commanditaire du coup d’Etat n’est pas à l’abri. Il peut donc être éliminé physiquement.
La deuxième hypothèse est le respect des ‘’voies juridiques’’. Elle consiste à respecter la loi dans toute sa longueur et, partant, la Constitution. Cette hypothèse présente pour avantage le respect strict de la loi en appliquant les dispositions constitutionnelles. C’est-à-dire que le président du Sénat devient président de la République par intérim pour deux mois maximum (s’il n’y a pas de cas de force majeure). Par contre, les inconvénients sont nombreux pour le peuple gabonais qui aspire au changement. D’abord, la situation du pays ne permet pas, à tout point de vue, d’organiser une élection libre et transparente en deux mois maximum. Ensuite, on conviendra que le Parti démocratique gabonais (PDG) devra gérer l’intérim et l’organisation de l’élection présidentielle par le biais de la présidente du Sénat, elle-même militante du PDG engagée jusqu’à la moelle épinière. Et puis, de ce seul fait, la présidentielle ne sera pas organisée dans la transparence qu’on voudrait. De plus, et on le sait, le PDG voudra à nouveau emprisonner la volonté populaire par la conservation du pouvoir. Enfin, les mêmes causes produisant les mêmes effets, chacun peut imaginer la suite. Il y aura à nouveau des contestations, du grabuge, des casses et destructions, puis des morts.
La troisième hypothèse est l’emprunt des ‘’voies politiques’’ capables de résoudre le problème gabonais. Cette hypothèse aura pour inconvénient, d’être une solution hors-la-loi. C’est-à-dire qu’on sort des dispositions constitutionnelles. Mais au regard du contexte actuel, la troisième hypothèse se veut nécessaire parce que se mêlant à une réalité d’intérêt national. Par contre, elle semble présenter de meilleurs avantages. On mettrait en place une transition plus longue qui permettrait la mise en œuvre des mécanismes de transparence électorale. La classe politique définirait les contours de la transition (le nom du président de transition, la durée de la transition, la taille du gouvernement de transition, le programme du gouvernement de transition, etc.). L’élection serait alors mieux préparée pour un scrutin libre et transparent. Toute cette préparation éviterait à notre pays des lendemains électoraux tumultueux (grabuge, casses, destructions, pertes en vie humaines…). Le programme du gouvernement de transition pourrait s’arrimer aux propositions faites par les acteurs politiques et serait discuté d’un commun accord entre acteurs politiques et ceux de la société civile organisée. Une telle hypothèse nous mettrait à l’abri des lendemains difficilement maîtrisables.
Mais, alors que je finissais mon texte, je me suis demandé : qu’en serait-il alors de ‘’mon champion’’ Jean Ping ? Pour y répondre, j’ai scruté toutes ces hypothèses et je me suis posé la question : comment en faire un président de la République dans ces trois hypothèses, somme toute, logiques ?

Sur la première hypothèse, Jean Ping a une chance sur cent pour que les putschistes viennent le chercher pour en faire un président de la République. Ils peuvent, tout au contraire l’éliminer, y compris physiquement. Sur la deuxième hypothèse, toutes les portes lui sont fermées. Il n’a aucune chance. C’est le fauteuil du président du Sénat. Elle l’occuperait pour deux mois à l’issue desquels elle organiserait l’élection présidentielle. Sur la troisième hypothèse, il a une chance sur deux d’être le président de transition, car ayant, plus que quiconque, l’avantage de la ‘’légitimité la plus récente’’, c’est-à-dire le “vrai vainqueur’’ au sortir de l’élection de 2016 face à Monsieur Ali Bongo. Quand je le dis, je pense aussi à Paul Mba Abessole à qui l’élection présidentielle fut également volée en 1993 par le régime Bongo père. Jean Ping serait alors le candidat le mieux placé pour occuper le poste de président de la République pour la période de transition. La durée étant extensible, on pourrait l’emmener à trente-six mois, soit trois ans, par exemple. A l’issue de celle-ci, il organiserait des élections générales (présidentielles, législatives et locales) auxquelles il ne prendrait pas part.
En tous les cas, je crois que la solution politique ouvre plus grandes les portes de la réflexion et des perspectives. On peut y fourguer le fruit de notre génie commun. On peut, par exemple, estimer que les deux acteurs politiques vivants, victimes du vol d’une élection présidentielle au Gabon étant Paul Mba Abessole et Jean Ping, ils peuvent s’entretenir dans une pièce pour réfléchir et sortir avec une fumée blanche : un nom du président de la République et l’autre serait vice-président de la République aux pouvoirs renforcés pour un mandat de sept ans tous les deux ou pour un mandat de sept ans, dont un exercice de trois ans et demi chacun à son tour, comme ce fut le cas en Israël, entre Menahem Begin et Shimon Perez.

Finalement, à bien réfléchir, les propositions faites par ces acteurs politiques cités plus haut, à savoir le cercle des notables de la République, d’une part, et Monsieur Richard Moulomba Mombo, d’autre part, semblent plus appropriées à notre situation actuelle. Sauf si quelqu’un a mieux, auquel cas, qu’il fasse des propositions pour venir nourrir les débats de nous autres citoyens. C’est aussi ça la démocratie non ? Ne pas se contenter de la simple critique et de lectures au premier degré, mais proposer sa vision des choses…
Pour terminer, je prendrai une image. Dans nos villages, lorsque les notables ont à choisir pour résoudre un sérieux problème qui cause tant de morts, entre la règle habituelle, qui est juste, certes, mais qui conduit à d’autres conflits, d’une part, et une solution médiane, qui sort de la règle habituelle certes, mais qui amène à éviter des morts, d’autre part, ils choisissent toujours la seconde. Et c’est là toute la sagesse qui fait la distinction entre la justice et l’équité.
Je comprends mieux désormais. Et c’est pourquoi moi, personnellement, je choisirais la solution politique, plus ouverte, plus stable, plus sécurisante et qui offre de meilleures perspectives aux Gabonais qui ont besoin de ne plus pleurer des morts à cause d’élections présidentielles mal organisées par cupidité des tenants du pouvoir. Ces morts-là sont toujours des morts de trop.

NB : Toute situation politique se veut être conditionnée par des critiques, des analyses, des propositions.

*Spécialiste des civilisations avancées ;
Spécialiste en dynamique des peuples ;
Enseignant-publicateur ;
Diplômé de l’Ecole normale supérieure de Libreville
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