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Françafrique/Macron soutenant Ali Bongo : Tout est symbole

L’image a fait le tour du monde, Ali Bongo sortant d’une audience à l’Elysée rate de chuter au perron de l’Elysée. Macron lui évite la chute devant des milliers de caméras qui filmaient la scène en direct.

L’image suscite la compassion envers un Ali Bongo se battant avec l’énergie du désespoir pour s’accrocher au pouvoir en montrant à la face du monde sans la moindre pudeur son état de président diminué. Elle suscite aussi auprès des populations agacement et étonnement de voir cet homme s’accrocher au pouvoir au lieu de libérer pour enfin prendre soin de sa santé. Comme s’il était irremplaçable, Ali Bongo ne pense pas un seul jour qu’il cédera son fauteuil. En Afrique francophone, c’est Paris qui nomme ses sous-préfets et décide du moment où il doit le dégager. Au Gabon, la France fait comme si, en dehors des Bongo, personne d’autre n’est en capacité de défendre ses intérêts. Opération trop risquée !
En apportant son soutien et son appui aux Bongo, la France semble ne pas tirer les leçons de l’histoire. Des naïfs accusent l’opposition de ne pas avoir des stratégies de prise de pouvoir. C’est certainement vrai. Sauf que ceux-là ne déclinent pas la bonne stratégie pour en terminer avec les colons. Le Mali, de manière difficile et compliquée, semble se défaire de cette étreinte. Mais avec le recul que permet le temps, on s’apercevra que la France fera tout pour pourrir la vie à ce pays où sévit déjà le terrorisme djihadiste.
A la limite, une prise de conscience entre pays frontaliers (Gabon, Congo, Cameroun et Guinée Equatoriale) aurait été stratégiquement louable pour tourner le dos à Paris. Malheureusement, de Malabo à Libreville en passant par Brazzaville et Yaoundé, le constat est le même. Ce sont des dictateurs néo coloniaux qui sont en poste. Autrement dit, malgré la bonne volonté des opposants gabonais à aller s’organiser aux frontières pour chercher à surprendre le régime de Libreville, les dictateurs aux frontières ne pourront jamais donner leur imprimatur. D’ailleurs, ils se sont fixés comme règle : « tu cherches à me déstabiliser, je cherche à te déstabiliser ».
Aujourd’hui, des compatriotes qui se sont exilés en France mènent un combat qui peine à porter ses fruits au Gabon. La France, faut-il le rappeler, est le pays de l’oppresseur. Comment combattre un système en allant se camoufler chez le vrai inspirateur du système ? A la limite, aussi bien Ali Bongo qu’Emmanuel Macron, l’un et l’autre trouvent leur compte dans la situation actuelle de l’histoire du Gabon. Ce monsieur a fait d’Ali Bongo, dont il critiquait l’élection lors de son arrivée au pouvoir, son meilleur ami au regard de leurs embrassades. Combien d’opposants gabonais Macron a-t-il reçus ? Pas un seul. Conséquence, l’enfant-roi profite de chacune de ses rencontres avec Macron pour narguer les opposants alors que, pour l’opposition, si Macron reçoit Ali, allant même jusqu’à lui éviter une chute sur le perron de l’Elysée, c’est que la France soutient toujours le système qu’il a installé au Gabon.
Alors que faire ? La réponse relève de la stratégie politique. Autrement dit, au lieu de continuer à aller à des élections qui sont pipées d’avance avec les Bongo, l’opposition devait se donner le temps de la réflexion dès la dernière usurpation du pouvoir pour voir comment elle va s’y prendre après sept ans de règne du dictateur. Cinq ans après la dernière usurpation sanglante du pouvoir par Ali Bongo, quel bilan de l’opposition gabonaise qui a le regard rivé vers 2023 sans tirer les leçons de 2016 ? Rien ! Chacun est resté de son côté pour organiser son parti en prévision des futures élections. Et le même rituel sanglant se poursuit sous la barbe des Gabonais hébétés. Qu’a fait Jean Ping, le vrai président élu durant ces cinq dernières années ? En dehors des réunions qui n’avaient rien de stratégique et des discours solennels promettant au passage qu’il ira jusqu’au bout, là aussi rien…
Mais faut-il désespérer ? Nous pensons que non. En 2018, Ali Bongo ne pensait pas un seul instant qu’il serait victime de l’humour de Dieu. Aujourd’hui, le Gabon se trouve à la croisée des chemins. Une bonne partie de sa classe politique va raccrocher, via l’usure du temps, d’ici quelques années. La nouvelle génération devra dès maintenant commencer à s’organiser.
La puissance néo coloniale, de son côté, ne devrait pas minimiser le sentiment anti-français qui va grandissant en Afrique actuellement. La RCA semble mieux se sentir avec les Russes qu’avec Paris. Le Mali ne cache plus ses ambitions de lui emboîter le pas. Le Tchad était déjà dans ce sillage lorsque le dictateur Ndjamena a été refroidi. Il y en a même qui ont vu la main de Paris derrière ce lâche assassinat. La roue de l’histoire tourne. Paris doit se donner l’occasion d’être du bon parti du temps. Le soutien aux dictateurs doit cesser.

 

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