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Santé d’Ali Bongo et sortie de crise au Gabon : Vacance ou réconciliation ?

Il ne fait plus aucun doute que, pour tout observateur de la situation politique au Gabon, la bataille politique tourne et ne tourne plus qu’autour de la question de la vacance de la présidence de la République…et de la réconciliation. C’est finalement cette reconnaissance de fait par l’ensemble de la classe politique gabonaise de la légalité du fait accompli…en août 2016.

Deux mois après, jour pour jour, avant décembre de la même année, René Ndemezo’o Obiang (RNO) fut l’un des tout premiers à accepter le fait accompli auquel se heurtent les revendications de légitimité. En effet, en octobre 2016, René Ndemezo’o Obiang se prononçait en faveur du futur dialogue politique national d’Angondjé et acceptait de saisir la main tendue d’Ali Bongo Ondimba. A l’occasion de la présentation officielle du récépissé de son parti RNO l’a fait savoir : « Les élections sont terminées… Il est désormais important d’explorer toutes les voies permettant à notre pays de sortir de l’impasse en privilégiant la voie du dialogue et de la réconciliation ». Des propos renchéris par son porte-parole, Jonathan Ndoutoume Ngome pour qui, non seulement : « Nous sommes dans une crise post-électorale sans précédent », mais encore « la seule issue crédible pour sortir de l’impasse » est que « les acteurs politiques des deux bords se parlent les yeux dans les yeux afin de voir ce qui ne marche pas dans le processus électoral au Gabon ». DN et son président furent rapidement suivis par le PSD et son président, Pierre Claver Maganga Moussavou : « Aujourd’hui, les élections qui ont eu lieu étaient des élections auxquelles on pouvait s’attendre à ce que nous connaissons » (Maganga Moussavou in l’union du 4 avril 2017). Dont acte !
Ces prises de position intervenaient alors dans le cadre d’un débat opposant ceux qui avaient décidé de dialoguer avec un pouvoir qu’ils analysaient comme doté d’une légalité indiscutable à ceux, pour qui, il n’était nullement question de reprendre langue avec « la junte au pouvoir » dont ils ne reconnaissaient ni la légalité ni, surtout, quelque once de légitimité que ce soit. En tous cas auquel il ne fallait « rien lâcher ».
Il suffit, pour cela, de se rappeler les propos de Jean Ping au terme d’une semaine de travaux en atelier autour des questions de l’heure examinées par le dialogue national pour l’alternance initié par Jean Ping en décembre 2016. Tout en considérant que « les conclusions auxquelles vous êtes parvenus traduisent parfaitement le sentiment profond du peuple sur la façon dont il souhaite désormais voir les affaires de la cité conduites », Ping prévient : « Mais pour y arriver, il nous faut honorer le préalable sans lequel rien ne pourra advenir ; ce préalable c’est la récupération sans condition de notre victoire volée. Et, de ce point de vue, la réussite du dialogue national pour l’alternance et les pertinentes conclusions auxquelles vous êtes parvenus ne sont pas une fin en soi ; ils marquent justement le point d’ancrage des actions à mener pour reconquérir notre victoire à l’élection présidentielle du 27 août 2016 afin de prendre le pouvoir que le peuple souverain nous a confié. Tel est l’objectif, telle est la finalité ». Il menace : « que ceux qui aiment ce pays comprennent bien que la clôture du présent dialogue n’est que le calme avant la tempête, car le plus dur qui est à venir dépend uniquement de Monsieur Ali Bongo, de ses maîtres à penser, de ses complices et de ses affidés ». En somme, pour Jean Ping, il fallait « récupérer par tous les moyens appropriés, oui par tous les moyens appropriés, la victoire qui nous a été volée par les imposteurs qui se sont installés par effraction à la tête de l’État. Je le redis ici avec force et conviction : toutes les hypothèses ont été examinées et mises sur la table. Rien n’a été négligé. Je dis bien rien ». L’homme se risque même à une comparaison historique : « Nous avons commencé, comme il se doit, par utiliser toutes les voies de droit. Nos partenaires internationaux nous y ont encouragés et, en toute conscience, nous les avons écoutés. Hélas ! Hélas ! Hélas. Comme le monde libre l’avait fait lorsque, devant le péril nazi, l’histoire ne lui avait pas laissé le choix, il nous appartient dorénavant de prendre nos responsabilités… Nous n’avons plus d’autre choix que de résister comme ils l’ont fait ». Nous sommes en 2016.

Ce ton radical tiendra, à tout rompre, deux années pour s’attiédir lors des débats sur la participation des membres de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) ou pas aux élections législatives et locales de 2018. La CNR vole en éclats. L’UN, RH&M, les Démocrates, et d’autres décident de renouer le dialogue avec « la junte au pouvoir » non pas, comme clamé par Ping, sur le préalable sans lequel rien ne pourra advenir…la récupération sans condition de notre victoire volée. », mais plutôt sur des « garanties » de transparence de ces énièmes élections organisées par le système-Bongo.
Le raz-de-marée PDG-RV-SDG à l’Assemblée nationale et dans les localités, loin de raviver le radicalisme, a même donné l’impression d’amplifier la volonté des membres de l’opposition dite radicale de renouer les fils du dialogue avec « la junte ». C’est ainsi que, le 23 février 2019, Zacharie Myboto rappelle que, pour le Gabon, « l’unité nationale est l’un de ses piliers fondamentaux… Ceci revient à dire que tous ceux et celles qui n’en tiennent pas compte contribuent à tuer le Gabon. Le Gabon est malade et doit être sauvé…. Les politiques des deux bords (majorité et opposition), la société civile, les confessions religieuses (avec, entre autres, les évêques de l’Église catholique), les dignitaires de la République et bien d’autres compatriotes l’ont constaté et dit, chacun à sa manière… Notre mère-patrie, le Gabon, appelle donc instamment ses enfants, notamment les forces vives de la Nation, à son chevet pour une concertation nationale véritablement républicaine […] ! ».
Un jour après, Myboto est suivi de l’« Appel à agir » des 10, un collectif lancé le 28 février de la même année : « Notre appel s’adresse en particulier à ceux qui ont la charge de la gestion de l’État. Nous les invitons, une ultime fois, à se plier à l’autorité de la loi. Notre pays est régi par une Constitution avec toutes les limites que nous lui connaissons. Nous devons la respecter et nous y soumettre. Notre appel s’adresse aussi à tous les compatriotes qui sont en situation de protéger notre pays contre des troubles de tous ordres. Notre appel s’adresse enfin à tous les amis du Gabon ». Puis, figure centrale de la direction de l’Union nationale, Paul-Marie Gondjout, parlant des Gabonais, ne déroge pas à la ligne impulsée par le président de son parti, Z. Myboto : « Il y a chez un grand nombre d’entre eux […] une grande volonté de tous de préserver notre vivre ensemble et de trouver ensemble les solutions aux problèmes qui minent le Gabon. C’est la raison pour laquelle il me semble que c’est à notre patriotisme et à notre sens de la fraternité qu’il est fait appel pour mettre en commun nos ressources et valeurs humaines, nos idées, nos intelligences et nos expériences. Ce sont elles qui nous permettront de trouver les voies et moyens pour remettre le pays sur les rails et de solidifier ses fondements démocratiques. À cet effet, j’invite à la mise en œuvre d’un plan d’urgence national ».
Mais, bien avant eux tous, le cercle des notables de la République avait parlé. Nous sommes le 16 mars 2018 : « nous préconisons, avant d’entreprendre quoi que ce soit, une réconciliation nationale. Nous avons besoin de nous parler, de nous apprécier à nos justes valeurs pour pouvoir décider sereinement ensemble. Nous composons, aujourd’hui, deux groupes antagonistes, campés chacun sur sa position. Nous y voyons un très grand danger pour notre pays. Nous ne pouvons pas accepter cela. Le Gabon est au-dessus de nous tous. Personne, parmi nous, ne peut prétendre en être le propriétaire, pas plus d’ailleurs que nous ne pouvons en exclure qui que ce soit à cause de ses opinions politiques… Nous avons besoin de nous réconcilier. Nous invitons donc tout le monde à la réconciliation… ».

Comme on le voit, toute l’opposition gabonaise semble désormais portée vers une réactivation du dialogue avec les institutions dont dépend le processus de déclenchement de la proclamation de la vacance de la présidence de la République : « la Cour constitutionnelle, saisie par le gouvernement et statuant à la majorité absolue de ses membres, ou à défaut, par les bureaux des deux chambres du Parlement statuant ensemble à la majorité de leurs membres » (extrait de l’article 13 de la Constitution gabonaise).
Même Jean Ping, réconcilié avec ses volages compagnons de la CNR, n’est pas indifférent à la question de la vacance du pouvoir. Répondant aux questions du Mbandja, il le confirme : « Je suis avec une attention certaine le débat engagé sur la vacance du pouvoir qui se profile à l’horizon. A la place qui est la mienne, mon devoir est de tout mettre en œuvre pour que nos institutions, déjà suffisamment malmenées, ne subissent encore les assauts des conservateurs. Je le répète, la priorité de la majorité des Gabonais, c’est la restitution de sa victoire volée. Maintenant si cette restitution doit passer par le respect intégral de l’article 13, on avisera, aussi bien du point de vue politique que du point de vue constitutionnel ». Dans la même lancée, début août 2019, Ntoutoume Emane, un proche de Ping, affirmait que les leaders de la CNR ont estimé qu’après la déclaration de la vacance, « les rênes du pays » devraient être « confiées à Jean Ping ».
Comme on peut le constater, vacance et réconciliation se conjuguent, ces temps derniers, au présent et au futur proche, ainsi qu’à de nombreuses personnes dans un pays où la pleine disponibilité du président de la République convainc de moins en moins de monde. Même Ayo Mba Akolly a estimé recevable la requête d’« Appel à Agir » qui revendique une expertise médicale des capacités physiques et cognitives d’Ali Bongo Ondimba. C’est dire ! Toutefois, cette vacance et cette réconciliation n’induisent pas l’automaticité d’un passage de témoin à Jean Ping comme le pense la CNR. La première obéit à une procédure légale et implique donc une reconnaissance de facto et de jure des institutions et des autorités en place. La seconde, qui relève plus du dialogue, fixera les conditionnalités politiques d’une sortie de crise. La vacance conduit nécessairement à une nouvelle mascarade électorale. La réconciliation à une possible mise entre parenthèses des institutions pour déboucher sur une transition acceptée à Paris et à Libreville en passant par Strasbourg et Bruxelles.
MK

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