La capitale gabonaise ouvre une nouvelle séquence politique. À l’issue d’un conseil municipal extraordinaire tenu dans la nuit du jeudi 23 avril, Eugène Mba a été élu maire de Libreville avec une majorité écrasante de 98,7 % des suffrages. Ce retour aux affaires intervient dans un contexte marqué par la destitution récente de son prédécesseur, Pierre Matthieu Obame Etoughe, et illustre la recomposition rapide des équilibres au sein de la majorité municipale.
Réunis dans la salle Lubin Martial Ntoutoume Aubame de l’Hôtel de Ville, les 151 conseillers municipaux ont pris part à cette session spéciale convoquée par arrêté ministériel. Les travaux se sont déroulés sous la supervision de la gouverneure de la province de l’Estuaire, Marie Françoise Dikoumba, garante de la régularité du processus dans une période politiquement sensible.
Sans véritable suspense, l’Union des Bâtisseurs (UDB), soutenue par ses alliés politiques, a remporté l’ensemble des postes à pourvoir. Le scrutin, présidé par le Dr Aimé Serge Issembe, a enregistré une participation totale, traduisant l’importance de l’enjeu pour l’avenir de la capitale.
Eugène Mba s’impose largement avec 149 voix sur 151, ne laissant place qu’à deux bulletins blancs ou nuls. Une victoire nette qui consacre le retour d’une figure politique expérimentée à la tête de la municipalité. À ses côtés, cinq adjoints, tous issus de la majorité, complètent l’exécutif municipal : Jean Jacques Kangué (Premier adjoint), Juste Roméo Mouyopa (Deuxième adjoint), Issa Malam Salatou (Troisième adjoint), Natacha Mengue Mbeng (Quatrième adjoint) et Thierry Akendengue Nkolo (Cinquième adjoint). Là encore, les scores obtenus témoignent d’une discipline de vote quasi totale au sein de la majorité.
Avant de céder officiellement son fauteuil, le maire sortant Pierre Matthieu Obame Etoughe, démis de ses fonctions le 20 avril après seulement cinq mois d’exercice, a tenu à défendre son action. Dans une intervention empreinte de fermeté, il a mis en avant plusieurs réformes engagées durant son bref passage : réorganisation des services administratifs, modernisation du fichier des ressources humaines, révision du partage des recettes municipales au profit de la mairie, ainsi que la digitalisation progressive des services.
Il a également insisté sur la gestion financière de son équipe, affirmant avoir maintenu le fonctionnement de l’institution malgré l’absence de budget voté, tout en évitant l’accumulation de dettes. Des propos salués par la gouverneure de l’Estuaire, qui a reconnu « le travail abattu dans un délai particulièrement court », tout en appelant à une continuité dans l’effort de modernisation.
Désormais investi pour un mandat de cinq ans, Eugène Mba hérite d’une municipalité confrontée à des défis majeurs. L’amélioration du cadre de vie des populations, la consolidation des réformes administratives et financières, ainsi que l’apaisement du climat social au sein des services municipaux figurent parmi les priorités les plus urgentes.
La question budgétaire apparaît toutefois comme le premier test politique de la nouvelle équipe. Le rejet du budget primitif 2026, intervenu le 9 avril dernier, continue de peser sur le fonctionnement de la mairie et alimente les tensions avec les agents municipaux. Une nouvelle session extraordinaire est d’ores et déjà programmée pour le 30 avril afin d’examiner à nouveau ce dossier crucial.
Dans l’intervalle, la gestion intérimaire reste assurée par le sixième adjoint, Andy-Félix Makindey Nze Nguema, en attendant l’installation officielle des nouveaux élus prévue ce vendredi 24 avril et leur entrée en fonction effective le lundi 27 avril.
Au-delà de la dimension électorale, l’élection d’Eugène Mba marque le retour à une forme de stabilité institutionnelle après plusieurs semaines de turbulences politiques. Reste désormais à la nouvelle équipe municipale à transformer ce large soutien en résultats concrets, dans une ville confrontée à des attentes fortes en matière de gouvernance, de services publics et de développement urbain.




