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Gabon/Lutte contre le Covi-19 : Doutes et condamnations

Face à la pression populaire, le Premier ministre Julien Nkoghe Bekale tiendra-t-il encore longtemps ?

Même notre unique quotidien L’union du mardi 02 juin dernier semble contaminé par le doute. Il n’a pas été particulièrement tendre avec les autorités. Gros titres et inter-titres en disent long sur ce doute qui l’étreint.

Au chapitre du dépistage massif au Covid-19, les enquêtes et reportages du quotidien rapportent que « tantôt il y a un peu de monde, tantôt des volontaires sont attendus ». Plus loin : « Pour les résultats, les intéressés n’auraient pas attendu bien longtemps. Ce qui reste à vérifier (sic), de nombreux témoignages affirmant le contraire. Certains, après plusieurs semaines, attendraient toujours d’avoir les leurs ». Le quotidien va plus loin, bien plus loin : « faut-il croire que la rumeur faisant état de tests contaminés freine les ardeurs des populations ? A moins que ce soit cette autre évoquant une campagne de vaccination déguisée ». Encore plus loin ; question de L’union : « Pendant combien de temps avez-vous attendu vos résultats du test covid-19 ? ». « Mais, je ne les ai jamais reçus » D’autres commentent. Commentaires repris par L’union : « Voilà qui est bien surprenant quand on sait que chaque soir les résultats positifs, pour la plupart, sont décomptés par le Comité du plan de veille et de riposte contre l’épidémie a Coronavirus (Copil) ». Autre gros titre du même quotidien, manifestement à l’adresse de l’Exécutif : « Covid-19 : L’impérieuse évaluation de la riposte ».

Condamnations

Dans une longue déclaration, Dynamique unitaire (DU), quant à elle, a exigé la fin du confinement et du couvre-feu au regard d’une « nouvelle stratégie sanitaire contre la pandémie du Covid-19. » Pour DU, « la tendance mondiale est au déconfinement » et, « paradoxalement, le Gabon est le seul pays au monde où, d’une part, la pandémie n’a pas encore atteint son pic depuis bientôt trois mois et les hôpitaux ne sont pas saturés ; d’autre part, les politiques appliquées rament à contre-courant (confinement, couvre-feu, manque de masques, de matériels et de médicaments). » Pour le patron de cette confédération syndicale, prolixe : « Deux hypothèses sont alors envisageables : soit l’Exécutif tâtonne par amateurisme, soit ses intentions affichées sont mensongères, la lutte contre la pandémie et la précarisation sociale par la reprise de l’activité économique est le cadet de ses soucis. Dans ce sillon, les véritables objectifs seraient ailleurs, quitte à créer le chaos, à museler la population, à l’affamer ou à briser toute conscience sociale et citoyenne. Cette seconde hypothèse est la plus plausible. En effet, pourquoi l’Exécutif ne suspend-il pas le confinement et le couvre-feu conformément à l’article 85, alinéa 3, de la Constitution puisque des recours ont été introduits à la Cour constitutionnelle aux fins d’annulation de la loi sur la catastrophe sanitaire qui sert de prétexte pour restreindre les libertés publiques ?…»

Le Copil illégal ? Romain Tchoua et Guy Patrick Obiang Ndong illégaux ?

DU, qui ne démord pas de son exigence de levée immédiate du confinement et du couvre-feu, parle d’« errements de gestion de la pandémie » qui, selon son président, « découlent des intrigues en rapport avec le vide institutionnel au sommet de l’Etat. Au fond, qui gère cette crise sanitaire ? Qui dirige le Gabon ? En matière de gestion des finances publiques, les établissements, administrations, comités ou commissions dotés d’une personnalité juridique et d’une autonomie de gestion financière, s’appuient sur un décret pris par le président de la République qui est par ordre l’ordonnateur du budget de l’Etat […] où se trouve le décret qui crée le Copil de l’épidémie à coronavirus et le met sous la tutelle du Premier ministre ? Le Comité Technique du Copil gère la partie logistique, technique, médicale et financière (aides, donations et dépenses) et est dotée d’une autonomie financière. Où se trouve le décret qui lui accorde cette autonomie ? Où se trouvent les décrets qui nomment le général Romain Tchoua à la tête de ce comité et Guy-Patrick Obiang en qualité d’adjoint ? Ces interrogation sont légitimes parce qu’il n’existe en réalité aucun décret ».
Et on ne saurait être plus explicite : « le Copil et ses démembrements, singulièrement son comité technique, sont la plus grande illégalité qui soit. De plus, la direction générale des services de santé militaire, dont est issu le général Romain Tchoua, est logée au sein de la présidence de la République et sous la tutelle directe du chef de l’Etat. Autrement dit, c’est le président de la République qui est censé gérer la crise sanitaire. Qui, en son absence, profite de cette situation à la présidence de la République pour régenter la lutte contre cette pandémie ? La responsabilité de la mauvaise gestion constatée du Copil incombe au régent tapi à l’ombre de la présidence de la République et non au Premier ministre, chef du gouvernement »
Pour Yama, « Tout n’est que mensonge dans la gestion de la pandémie […] Où sont les 10 millions de masques chirurgicaux censés être distribués aux personnels de santé, aux forces de défense et de sécurité et à la population ? Où sont les 4 000 thermo-flash à distribuer dans les hôpitaux ? Où en est le renforcement des unités de soins intensifs dans les hôpitaux par la distribution de 100 respirateurs, de 100 appareils d’aide respiratoire, de 10 ambulances et un kit d’imagerie mobile par province ? Où sont les financements publics au profit de l’Iphametra, de l’USTM, de l’USS, du Cirmf et du Cermel pour la recherche d’un remède ? Où sont situés les 60 centres de dépistage annoncés depuis le 3 avril 22020 ? ».
Apocalyptique, Yama décrit une pandémie qui « se propage dans toutes les provinces et le personnel soignant crie à la pénurie de tests, de matériels et de médicaments. DU s’inquiète et refuse de rentrer dans le magma politicien qui vise à divertir la population et à imputer toute la responsabilité de la mauvaise gestion de la crise sanitaire au seul gouvernement ».
L’union et DU, même combat ? Pas tout à fait. Le quotidien s’en prend au gouvernement. DU le dédouane. Nous avions prévenu le Copil que les Gabonais se posaient beaucoup de questions. A force de ne pas y répondre régulièrement, elles se transforment progressivement en doutes et en condamnations.

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