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Le son de Marley : Leçon de reggae au Gabon et au-delà

Plus de 40 ans que le Pape du reggae s’en est allé. Pourtant son influence ne cesse de grandir. Récemment l’Organisation des Nations Unies pour la Science et la Culture vient d’élever le reggae au titre de  patrimoine immatériel de l’humanité.

En même  temps, pas plus tard que cette semaine, les feux follets de la planète foot, les jeunes joueurs de l’AJAX d’AMSTERDAM  ont séduit le monde du ballon rond en entonnant  un titre pour eux revigorant : « three little birds » de Marley. L’œuvre et l’héritage de Bob Marley semblent se bonifier avec le temps. Pourquoi ? Le point de vue de Dread Pol MOUKETA, artiste multi-supports, enseignant, formateur. Il dévoile pour nous les « Leçons du son de Marley ».

D’abord notons les coïncidences entre le Reggae et le Gabon.

Notre pays commémore tous les 17 Aout  son indépendance, Marcus Garvey un des prophètes adulés par les artistes  reggae est aussi  né un 17 Aout 1887. Les 50 Etats d’Afrique  auraient  souhaité et mérité un concert  de Bob Marley. En 1980 c’est  le Gabon  qui vibre au son des  Wailers. Quelles leçons ces « sons de liberté » nous apprennent-ils ?

Libreville ou « Vibre »Ville

Le poing levé des artistes  reggae, leurs incantations  vus  à travers posters, badges et clips, leurs slogans du « Movement of Jah People » à « Africa must be free by the year 1983 » ne sont pas tombés dans des oreilles de sourds. Depuis la fin des années 70, l’Afrique vibre au son du reggae : Trench Town (Jamaique), Adjamé (Cote d’Ivoire), Soweto (Afrique du Sud), même combat ! Et Libreville n’est pas en reste : Des Rastas de Londres (entendre du quartier London)  à ceux de Montagne Sainte, en passant par ceux de Rio, Akebé, PK 5 ils sont nombreux qui  prennent d’assaut le studio d’Africa N°1 tous les samedis pour « lancer des one love »,  écouter le « feeling de Philippe »,  les premiers exercices « oraux » de Mauvaise Haleine, la dubpoesie de Bobley, les comptines de tonton Pecoin et sa cithare à une corde, les mots torturés et raillés de Didier DESKOKAYES. Grâce à  l’émission Black Feeling, mais aussi Reggae Calypso de Francklin Manguenga, Libreville est dans la vibration. LibreVILLE est « Vibre-Ville»

« Toi et moi » et le monde

Qu’est-ce qui fait tant vibrer le jeune Africain à l’écoute du reggae ? La réponse est aussi directe qu’énigmatique : Celui qui le sent le sait ! Concrètement  quels messages  les chansons reggae transmettent au Gabonais, au  jeune Africain ?

D’abord celui de la Fraternité, du panafricanisme, de la communauté de destin : chaque  Africain doit avoir  une vision trans/panafricaine. N’est-ce pas  le message central de la chanson Africa Unite.

Ensuite il y a l’appel à (re)connaissance de l’unité voire de l‘unicité de l’espèce humaine. Ce  que  Cheick Anta Diop s’échine à  démontrer avec moult difficultés,  de conférences et d’ouvrages scientifiques, les Rastas  conscients le crient sur tous les tons : l’Homme est UN, et sa Racine  se trouve en Afrique ! « Peu importe ton origine, ton  implantation actuelle, tout Homme est Africain » chante Peter Tosh dans le titre African. Message encore plus direct, le reggae  des années 80 dit « Qu’un Individu  doit toujours se  lever  et se battre pour ses droits et  ceux de son peuple »   dans ce véritable appel à la mobilisation qu’est  Get up Stand Up. Ce message vient en soutien à lutte pour la libération de  l’Azanie (Afrique du Sud) en lutte. Mais pas seulement. Suivez mon regard ! Car tous ces refrains   à s’adressent à une Afrique  embourbée dans les partis uniques, prisonnière de ses « bourgeoisies compradores » et des dictatures aussi loufoques que sanguinaires. Les jeunes et moins jeunes, empêchés de dénoncer ces situations trouvent via les chanteurs reggae un relais. La cassette de reggae aux paroles mobilisatrices que  l’on se passe de  proche en proche devient  un appel à la liberté d’expression qui va venir compléter le travail de pionnier fait par les Akendengue, les Fela, les Makeba.

Pas étonnant donc que quelques années  plus tard, les  campus bougent, les protestations des peuples se font jour et les conférences nationales se tiennent. Et l’on peut dire que, grâce à tous ces effets combinés, la liberté d’expression et de communication qui vous permettent  d’acheter et lire ce journal,  reviennent sous nos latitudes. (À suivre)

Dread Pol Mouketa

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