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Lettre prémonitoire de JR Yama au procureur de la République près le tribunal de Libreville

Le mercredi 27 mars 2019, Jean Rémy Yama, président de la confédération syndicale Dynamique unitaire, a lu une déclaration sur la situation socio-politique du Gabon à la Chambre de commerce de Libreville devant la presse nationale et internationale et en présence de plus de 300 personnes. Aussitôt après cet événement médiatique et au moment où il s’apprêtait à quitter la Chambre de commerce, il a reçu une convocation des mains de deux OPJ pour être entendu hier jeudi 28 mars 2019.

Ses proches révèlent que, depuis lors, un véhicule de marque Ford Ranger, avec à bord les OPJ qui lui ont remis la convocation, l’a filé dans tous ses déplacements de la journée jusqu’à son domicile dans la soirée. Comme une prémonition, Jean Rémy Yama avait écrit au procureur général de la République de Libreville pour l’informer des risques d’intimidation dont il sera l’objet par ses services judiciaires, compte tenu de ses engagements syndicaux et citoyens pour exiger la vacance du pouvoir exécutif au regard de l’inaptitude du président de la République Ali Bongo à diriger le Gabon. Une copie de ladite lettre est également envoyée en pièce jointe ici.

Dans une lettre datée du 18 mars 2019 et reçue au parquet de la République le 22 du même mois de la même année et ayant en objet : « Lettre d’information », Jean Rémy Yama, président de la centrale syndicale Dynamique unitaire, comme s’il pressentait que des choses louches, aux plans juridique et judiciaire, se tramaient contre lui, a pris la précaution de saisir le procureur, en son nom personnel, non seulement pour exprimer ses inquiétudes, mais aussi, au cas où, finalement, l’épée de la justice de la dictature en poste à Libreville s’abattrait sur lui, les précautions à prendre pour sa détention.

Lecture !

« Monsieur le procureur de la République,

Depuis 2015, année de la création de la Confédération syndicale Dynamique unitaire, je fais l’objet de plusieurs tentatives d’arrestation.

La première tentative m’accusait d’escroquerie et de faux et usage de faux à Franceville. Je m’en suis sorti parce que je me trouvais à Libreville au moment où les éléments de la DGR venaient m’arrêter à mon bureau et suite à la démonstration faite par moi-même au moment de l’audition que ma signature avait été scannée.

La deuxième tentative d’arrestation part de la publication dans le quotidien gouvernemental d’information l’union, en première page, d’un prétendu détournement de 3 milliards de francs cfa par mes soins. J’ai été entendu par la police judiciaire et la Cour des comptes. Mes plaintes contre le journal l’union pour diffamation n’ont toujours pas abouti.

La troisième tentative est celle du 9 juillet 2016. Je suis arrêté et incarcéré pour destruction de biens, trouble à l’ordre public et incitation à la violence. Malgré les affirmations du ministre de la Communication Bilie-By-Nze et du président Ali Bongo selon lesquelles il existerait une vidéo dans laquelle on me verrait distinctement en train de détruire et de brûler, cette vidéo, que personne d’autre n’a regardée, n’existerait que dans l’esprit de ces deux personnages. J’ai été incarcéré à titre préventif pendant 3 mois puis libéré provisoirement. Je ne sais toujours pas quand aura lieu mon procès près de 3 ans après.

La quatrième tentative est relative au dossier en cours. Le 08 novembre 2018, si je n’avais pas été à Libreville, j’aurais été appréhendé par les éléments de la police judiciaire qui ont débarqué sur notre site d’Angondjé au motif de la plainte de Monsieur Ekogho Thierry Blanchard, enseignant-chercheur à l’USTM, au département de physique, comme moi, pour escroquerie et abus de confiance contre ma personne. Un dossier complet vous a été transmis à cet effet le 13/11/2018.

Je suis conscient que mon engagement syndical et citoyen est à l’origine de mes ennuis avec la justice qui est à la recherche d’un quelconque motif pour m’incarcérer. Les menaces, quelles qu’elles soient, ne pourront jamais me faire renoncer à mes convictions de justice et de vérité.

Cette correspondance a pour objet d’attirer votre attention sur mes ennuis de santé. Je sais en mon âme et conscience que je n’ai jamais posé un acte contraire à la loi pouvant me conduire en prison. J’ai été secrétaire général de l’USTM pendant 5 ans, je gérais plus de 200 millions de francs cfa par an. Dans le cadre syndical, j’ai co-géré, en ma qualité de président du Snec, de 2000 à 2013, des projets (équipements des ordinateurs aux enseignants-chercheurs, équipement des laboratoires et centres de recherche, aide à la viabilisation des parcelles des enseignants et chercheurs à Agondjé…) près de 8 milliards de francs cfa. Je n’ai jamais détourné un seul franc. Je n’ai qu’un seul compte bancaire sur la planète terre. A Libreville je n’ai aucun bien immobilier, je suis en location. Ma femme et moi n’avons pour bien immobilier qu’une maison à Franceville construite par mon épouse grâce à son rappel de solde en 2013 et une maison dans mon village à Roungassa (Lastoursville).

Dans la mesure où le gouvernement maintient l’application des mesures d’austérité, malgré le rendu de la Cour constitutionnelle en faveur des travailleurs, le climat social va bouillonner dans les prochaines semaines. Au combat syndical s’ajoutera le combat citoyen sur l’application de l’article 13 de la Constitution suite à l’absence du président de la République depuis le 24 octobre 2018.

Conscient que pendant les prochaines périodes d’agitation, je m’exposerai davantage à une incarcération de votre part, je voudrais vous signaler que si c’est le cas, alors il faudra tenir compte de l’élément suivant.

Je vis avec un appareil respiratoire qui nécessite d’être branché au secteur pour me fournir, pendant mon sommeil, l’oxygène dont mon cerveau a besoin suite à une défaillance de mes poumons lors de mon dernier séjour en prison. Les risques sont plus importants à cause de « l’apnée du sommeil » dont je souffre. C’est pourquoi je sollicite que des instructions soient données aux services compétents si, d’aventure, vous comptez m’arrêter pour que ma prochaine cellule en garde à vue ou en prison soit équipée d’une prise de courant pour brancher mon appareil respiratoire. Tenir également compte, si possible, que jusqu’en janvier 2020, tous les six mois, je dois aller en France, à l’hôpital américain pour recalibrer cet appareil en fonction de l’évolution de mes paramètres respiratoires. Le prochain déplacement est prévu en juin 2019 et le dernier en janvier 2020.

Veuillez agréer, Monsieur le procureur de la République, l’expression de ma parfaite considération ».

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