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Opposition gabonaise : Le désamour entre électoralistes et abstentionnistes

Qu’est-ce qui peut aujourd’hui concilier l’électoraliste Alexandre Barro Chambrier et l’abstentionniste Jean Ping ?

Alors que 2022 pointe déjà son nez et va servir de présage à 2023, l’opposition gabonaise, ou du moins ce qui en reste et fait office, semble tétanisée et presque dépassée par les événements. Entre électoralistes et abstentionnistes, le désamour né des élections couplées (locales et législatives de 2018) est toujours là. La résignation issue des massacres du 31 août 2016 aussi. Sans véritable plan d’alternance face à un régime impitoyable et sanguinaire, l’opposition s’amuse à exister dans un périmètre de confort qu’il s’est lui-même défini en évitant de prendre le moindre risque face à la dictature en face qui semble évoluer en terrain conquis.

Actuellement, l’opposition gabonaise joue à se faire peur. On parlerait même des oppositions, avec chacune son agenda. La grande curiosité viendra de l’Union nationale (UN) qui prépare actuellement un congrès de l’alternance. Car à la suite de son prochain congrès, il y aura quelqu’un d’autre à la place du vieux sage Zacharie Myboto. Et comme en politique on ne se fait pas de cadeaux, c’est à l’artillerie lourde que le camp Paul Marie Gondjout (candidat à la succession de son beau-père) et le camp Paulette Missambo (candidate du clan Amo) se pilonnent actuellement. Il est à craindre qu’au soir du congrès, l’UN explose en plein vol et se mue en deux tendances distinctes.
De plus en plus isolé par ses soutiens locaux, Ping refuse de jeter l’éponge où de passer la main. Pour le moment, ses soutiens se refusent de parler d’une quelconque présidentielle en 2023. Ils parlent plutôt de restitution de la victoire de 2016. Quand et comment ? Va-t-on passer par pertes et profits les sept années de mandat d’Ali Bongo pour à nouveau donner à Jean Ping le pouvoir  et commencer un nouveau mandat en guise de reconnaissance de sa victoire de 2016 ? Aujourd’hui, le “Chinois” se trouve entre le marteau et l’enclume. Lors de son discours à la Nation du 16 août dernier, Ping a dit : « Et on voudrait, on voudrait, sous la propre lâcheté de ceux qui y songent, faire croire aux Gabonaises et aux Gabonais que moi, Jean Ping Okoka, j’ai baissé la garde et abdiqué ! On voudrait faire croire que cette lutte dont j’ai pris la tête finirait en catimini ; sans rien dire, sans rendre compte publiquement et en toute responsabilité au peuple gabonais qui m’a élu et avec qui j’ai le contrat d’aller jusqu’au bout ! Oui aller jusqu’au bout… ». Voilà la grande inquiétude de Jean Ping, sortir de la lutte politique « en catimini » autrement dit par la petite porte, du simple fait qu’un autre candidat va affronter Ali Bongo en 2023, tournant ainsi à jamais la page Jean Ping et le long et difficile contentieux de 2016. Une perspective que redoute Jean Pierre Lemboumba Lepandou qui se bat en ce moment comme un diable dans un bénitier afin de convaincre Paris de ne pas tourner la page Jean Ping « en catimini » et de le laisser jouer un rôle prépondérant au cours d’une transition sans Ali Bongo Ondimba désormais indigent et à cause de qui, le Gabon se retrouver sans interlocuteur digne à l’international.
Or, si Alexandre Barro Chambrier et Guy Nzouba Ndama ne se prononcent pas pour le moment en ce qui concerne la présidentielle de 2023, bien malin qui dirait qu’ils sont indifférents à cette échéance. Et si à l’UN le combat est aussi fratricide, c’est bien parce que chaque camp fonctionne aujourd’hui en lorgnant 2023 et en ayant à l’esprit qu’il ne faut pas sortir ni trop tôt, encore moins trop tard…On s’épie donc, on se renseigne sur les faits et mouvements de l’autre, on réajuste sa stratégie à propos et on s’amuse à se faire peur.
Une élection, ça se prépare des années en avance et on n’y va pas la fleur au fusil. On tire les leçons du scrutin précédent en prenant en compte la logique de l’adversaire et on se donne les moyens de l’affronter sur n’importe quel terrain, car c’est lui qui détermine la forme de la confrontation. Et face à une dictature, il n’y pas meilleur moyen que de la combattre avec ses propres armes. Sinon, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne voit pas comment un candidat de l’opposition imposera sa victoire en 2023 à un régime qui ne comprend et n’affectionne qu’un seul langage, celui de la force et de la violence aveugle. C’est maintenant que l’opposition électoraliste doit travailler pour son unité et constituer une force homogène qui aura la capacité de prendre un certain nombre de risques face au pouvoir. Mais elle n’arrivera à rien si elle reste désunie et commence par dire “si on prend tel ou tel risque, on va nous arrêter, on va nous jeter en prison”. C’est cette peur qui se confond à de la lâcheté qui pousse le peuple à jouer désormais les prudents, car il est en quête d’un leader capable de porter ses espoirs en allant réellement « jusqu’au bout ». Et aujourd’hui, le peuple gabonais est prêt à se dresser devant la dictature des Bongo. Mais dans aucun pays du monde un peuple ne se lève seul. Il lui faut des leaders courageux. Malheureusement, ils font encore défaut au Gabon. Un leader de l’opposition qui craint la prison pour le confort de son lit n’est pas un vrai leader.

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