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Malversations financières à la Caisse de dépôts et de consignations : Qui tue la poule aux œufs d’or ?

Herman-Régis Nzoundou Bignoumba, administrateur directeur général de la CDC.

Si, pour l’heure, les chiffres sur le désastre financier à l’horizon de cette banque publique ne sont pas déjà tous tombés, la situation au sein de cette structure étatique suscite l’inquiétude. A la suite de PosteBank et de la Banque gabonaise de développement (BGD), la Caisse de dépôts et de consignations (CDC) semble virer, d’après sources internes et parlementaires, vers la fermeture à court terme de cet établissement bancaire. En cause, une mauvaise gestion ajévienne qui met la structure à terre en moins de 2 ans seulement.

Institution financière publique à caractère industriel et commercial, la Caisse de dépôts et de consignations (CDC) a été créée par l’ordonnance n° 024/PR/2010 du 12 août 2010 dans un contexte où les plus-values pétrolières abondaient (forte hausse du prix du baril de pétrole). L’idée, au départ, était de monter une structure financière qui devait soutenir fortement la diversification économique en appuyant les projets dans ce sens. Pour ne pas faire dans la dentelle, la CDC fut dotée d’un budget initial de 10 milliards de Fcfa. Elle est vite apparue comme un véritable bras armé financier de l’Etat. Neuf (9) ans plus tard, le constat est sans appel. L’économie gabonaise est en crise : la diversification n’a pas vu le jour, hormis les projets d’Olam, la junte n’a pas réalisé de projet industriel avec les méga moyens placés dans la CDC. Où est donc est passé tout ce pactole ?

Des projets en trompe-l’œil

La sonnette d’alarme a récemment été tirée par le groupe parlementaire des sénateurs dits centristes, qui s’exprimait par la voix d’Hugues Bessacques lors de l’examen du projet de loi de finances 2019, le 31 décembre 2018. Pour lui, il ne fait pas de doute que l’établissement bancaire s’est lancé dans des projets tous azimuts aux résultats discutables : « La caisse de dépôts s’est plutôt illustrée dans la gabegie et la mauvaise gestion des ressources financières », révélant même que « sa fermeture est presque acquise ». « Au lieu d’être un outil de performance pour la gestion de nos finances publiques, elle est plutôt un moyen de distraction de fonds publics », a martelé le vénérable qui a souhaité la mise en place, dès la prochaine session, d’une « enquête parlementaire » pour faire la lumière sur le fonctionnement de cet établissement bancaire public devenu une vache laitière des émergents.
Les rares actions phares posées par la CDC sont deux accords. Le premier est la signature, en 2010, d’un accord par l’Etat, via la Caisse de dépôts et de consignations, d’un accord de partenariat sur l’augmentation de sa participation qui passait de 26 % à 27,6 % du capital de la Comilog (Compagnie minière de l’Ogooué). Et ce, dans la perspective de la remontée à terme à 35 %. L’autre accord de partenariat signé par la CDC en 2011 a permis au Gabon une prise de participation, à hauteur de 35 %, dans la filiale Rougier Afrique International. Le reste relève de la gestion administrative et financière courante. Le troisième projet est la signature d’un accord avec TGCC, leader de la construction au Maroc, pour la construction et la commercialisation de logements sociaux au Gabon.
Si ces prises de participations rentrent dans l’objet de la CDC, l’impact économique et social (emplois) reste très discutable. Le projet de logements sociaux reste vaseux. De même, on trouve, pêle-mêle, des petits projets signés ici et là, mais dont les retombées financières et économiques pour le pays relèvent du mythe.
En effet, l’article 4 de l’ordonnance qui crée la CDC est clair sur ses missions. Selon cet article, la CDC est chargée, notamment, de gérer les dépôts reçus au titre des consignations et cautionnements d’origine judiciaire ou administrative, ou les revenus des participations d’Etat, les fonds souverains, les ressources affectées de correspondants du Trésor, la caisse de péréquation des collectivités locales, les fonds de réassurance et les mandats spéciaux qui peuvent lui être confiés. Autrement dit, un grand nombre d’opérations auxquelles elle s’est livrée ne rentrent pas dans le cadre de ses missions.
D’autres sources évoquent des montages financiers dans plusieurs projets avec des entreprises parapubliques, de faux rachats de dettes et d’actions de l’Etat dans lesquelles des milliards se sont volatilisés dans la chaine des complices hauts placés et bien connus. Voilà un cas qui peut, pour essayer de crédibiliser certaines institutions (Commission de lutte contre l’enrichissement illicite, parquet de la République, Cour des comptes, Agence nationale d’investissement financière (Anif)), être pris en main.
Le nouveau DG de la structure, Herman-Régis Nzoundou Bignoumba, ne fait pas non plus bonne figure. Il aurait utilisé des centaines de millions de Fcfa de la CDC pour acheter le poste de député auprès des populations de Moabi au profit d’Hyacinthe Mamboundou Mounziegou (PDG) aux dernières élections du 27 octobre 2018.
La prise de contrôle par des Ajéviens de certaines sociétés d’Etat (Caisse de dépôts et de consignations, Gabon oil company (Goc), SEEG, CNAMGS, etc.) va de pair avec des scandales financiers, curieusement loin de tout regard politique et judiciaire. Une justice à deux vitesses dans un Etat de droit aléatoire sans démocratie.

 

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